Banniere Guicopres janvier 2019

ACTUALITES

Masque Nimba : Mansour Fadiga, Imam, tente de diaboliser une communauté et son identité culturelle

28/3/2023

 
Alors qu’une intense année de promotion du patrimoine culturel, un des axes prioritaires du Ministère de la Culture, porte ses fruits faisant de ‘’D’mba’’ un branding national et l’objet d’art le plus reproduit en Guinée, Elhaj Mansour Fadiga, Iman de Nongo, tente de lancer à son encontre une campagne de dénigrement. Il a qualifié ce Masque Baga, d’objet ‘’d’idolâtrie’’. On se croyait au Moyen âge où, pour des causes religieuses, cette fausse idée ( idolâtrie ou fétichisme) avait le vent en poupe en Afrique. Malheureusement elle y revient. Et cette-fois, c’est un fils du pays, engagé à tout prix, pour effacer chaque bout du patrimoine national qui reste d’un pays culturellement sevré depuis des millénaires.

Visée, la communauté Baga affirme que ce masque « ne véhicule rien d’anti-religieux... » et que les propos de l’imam de Nongo, « sont de nature à créer la confusion dans les esprits et conduire à des réactions imprévisibles ». Pour qui sait l ‘attention que vouent les fidèles aux dires des Imams et sachant que c’était suite à des critiques des Imams, diabolisant Nanfo Diaby, que ce dernier a vu sa concession plusieurs fois attaquée, ses droits maintes fois brimés et sa vie privée quotidiennement violée à Kankan... les Baga ont bien raison de craindre des ‘’réactions imprévisibles’’ contre leur communauté, suite à l’appel de l’Imam Fadiga en l’endroit des fidèles musulmans de Guinée . Cela amène évidemment à s’interroger sur cette façon violente, anti-républicaine et inhabituelle de désapprouver en république de Guinée. Vue la vague des idées extrémistes en Guinée et la montée dans la sous région du fondamentalisme religieux, soutenu par une certaine autorité sacro-sainte, l’État guinéen, garant de la sécurité de la stabilité dans le pays, a le devoir d’empêcher la tenue des discours susceptibles d’opposer une partie de ses citoyens contre une autre et la diffusion de toutes contre-vérités sur le passé historique des peuples africains. Et c’est exactement l’une de ces fausses théories millénaires - qualifiant cet art nègre d’objet ‘’d’idolâtrie’’ ainsi que les manifestations culturelles qui lui sont consacrées - que l’imam Mansour Fadiga, a tenté de rependre. Alors que le peu d’informations qu’il sait sur l’art nègre en général et sur le masque Baga en particulier ne vient que des ouvrages occidentaux ; ceux-là même qui étaient à la base de la fausse idéé d’idolâtrie. De toutes les façons, demander aux musulmans de s’en éloigner, au gouvernement de surseoir à sa promotion comme Branding ; mettre en garde ce beau monde contre toute utilisation de ce masque dont il ose demander le retrait sur l’espace public, relève d’une absurdité totale et d’une cécité culturelle inquiétante.

« Si tu as toutes les connaissances du Monde et que tu ne sais pas qui tu es, alors tu ne sais rien »

Aimait rappeler l’écrivain sénégalais Cheikh Anta Diop, à l’intention d’une certaine élite africaine qui s’ignore consciemment ou inconsciemment.
‘’Nimba’’, au service d’une cause sociale révèle le passé historique authentique non déformé de la communauté Baga et du peuple de Guinée. Les danses, folklores autour du Masque relatent le quotidien des Anciens. Les danseuses, pendant qu’elles y sont, montrent par exemple tout le processus d’extraction du sel, d’amont en aval, dans le but de pérenniser cette pratique à l’intention de la descendance. Cela n’a rien du fétichisme.

‘’Nimba’’ de quoi s’agit-il

Ce masque, sculpté par le sage artiste Ansoumani Binari, est originaire de ‘’Bagataye’’ le pays des Baga. ‘’D’mba’’ ou ‘’Nimba’’, Déesse dans la mythologie Baga, est une femme nourricière sculptée. Ce masque, comme le Nil symbolique pour les anciens égyptiens, est symbole de ‘’fertilité, de fécondité, de végétation, de récolte... Cette statue, comme d’autres en Afrique noire, est aussi symbole de l’ancêtre revenu parmi les vivants. C’est pourquoi elle est au centre de toutes les rencontres et manifestations culturelles. En effet, l’âme de l’ancêtre, si loin mais proche par la présence du masque, joue son rôle de veille et de protectrice de la société. Aussi la présence du masque parmi les vivants, cette proximité aux vivants renforce t-il l’affectivité que ces derniers doivent envers les morts. Des liens qui ne doivent jamais êtres rompus pour des raisons contenues dans les rites quotidiens.
L’un des plus connus des masques guinéens, D’mba a suscité beaucoup de convoitises à cause notamment de sa valeur mystérieuse. De sources Wikipédia, nombreux étaient des artistes européens du début du 20ème siècle intéressés particulièrement à la Culture Baga, qui se sont inspirés de cette œuvre emblématique. Notamment le peintre Picasso, qui a reçu un modèle sculpté en 1925.
Une petite anecdote ? En 1960, toujours selon la même source, un modèle du masque offert au Président Sékou Touré avait été dérobé. C’est lors d’une foire à Tokyo que la victime retrouva l’objet volé exposé dans un stands. Et dire que finalement le ‘’Nimba’’ a remporté le Premier Prix de cette rencontre internationale des Arts, il s’en est fallu de peu que la presse spécule autour de son caractère mystique. Ce masque est l’une des œuvre-vedettes du Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Elle véhicule la vie, la paix et l’intelligence humaine.

Idolâtrie, une fausse idée des Occidentaux

Dans son ouvrage ‘’Nations Nègres et Culture’’où l’auteur consacre un chapitre sur ‘’les problèmes de l’Art africain’’ Cheikh Anita Diop, historien sénégalais explique l’origine de cette fausse idée d’idolâtrie en ces termes : « Liberté audacieuse, rythmes puissants, invention plastique toujours valable, telles sont les caractéristiques générales de l’art nègre. Ces trois facteurs restent intimement mêlés quel que soit le style considéré; fait d’autant plus frappant quand on sait que l’art pour l’art n’a jamais existé en Afrique, depuis l’Égypte jusqu’à l’Afrique occidentale. L’art, au contraire, a toujours été au service du culte religieux et royal. D’un bout à l’autre de l’Afrique Noire en passant par l’Égypte, les statues avaient primitivement pour but d’être le support du « double » immortel de l’ancêtre après la mort terrestre de celui-ci. Placée en un lieu sacré la statue était l’objet d’offrandes et de libation : ce fait mal interprété par les Occidentaux a crée la fausse idée du fétichisme ; en réalité, il n y a de tendance au fétichisme, c’est-à-dire d’idolâtrie, que là où la signification du culte a été oubliée par une rupture de la tradition. L’art africain a donc toujours été au service d’une cause sociale comme il doit le rester »

Beaucoup d’autres reprendront cette fausse idée d’idolâtrie comme une traînée de poudres pendant tout le moyen âge pour les besoins de la cause religieuse. Et, cette propagande surgit toujours de façon brutale face à un éveil de conscience culturelle. Que ce masque n’échappe à cette maladie infantile de vouloir effacer une tradition, une culture, une civilisation en faveur d’une autre, il est incompréhensible que des africains, des guinéens participent, consciemment ou inconsciemment, à cette dangereuse entreprise de destruction des identités culturelles nationales au profil d’autres.

‘’Nimba’’, un Masque qui rassemble tout un peuple

Ce masque est présent lors des résolutions d’éventuels conflits intracommunautaires dans le Bagataye profond, où sa présence, nous témoigne un sage Baga, calme les protagonistes et les éloigne des esprits surchauffés. C’est autour de lui, lors du festival des Arts Baga que se retrouvent les invités de toutes les sensibilités guinéennes. Ce masque véhicule, cultive la paix lors des célébrations des différentes fêtes nationales. Il est utilisé comme logo par la Banque centrale, comme décor principal de l’Aéroport international ‘’AST’’ de Conakry-Gbessia. Le Ministère guinéen en charge de l’Énergie comme d’autres départements, utilise l’image de ‘’Nimba’’ pour décorer ses véhicules de services. Il est omniprésent au ministère en charge des Arts et de la Culture. Cet intéressement généralisé de tous les citoyens guinéens à cet objet d’art, devenu une fierté nationale et une vitrine pour les institutions de la république, est inscrit dans l’adn du masque comme une de ses fonctions de rassembleur.

Seulement voilà, à un moment où ce masque ‘’renaît’’ progressivement dépassant les frontières, et avec lui, toute la créativité artistique, mythologique, philosophique guinéenne pour embrasser le monde - où il est perçu comme l’une des œuvres plastiques africaines de renom – c’est ce moment que choisi l’imam, imprégné d’une fausse idée millénaire, pour jeter de l’opprobre sur ce symbole nationale. C’est parce que c’est enseigné à l’échelle du peuple que ce mal, la fausse idée d’idolâtrie, persiste et fait même que les jeunes sont beaucoup moins enthousiasmés à se lancer dans l’art sculptural, l’une des caractéristiques de la tradition nègre depuis l ‘Egypte jusqu’en Afrique occidentale.

En attendant, les propos de l’Imam, loin d’un acte isolé, sont des idées d’extrémistes religieux et d’un certain nombre de responsables et chroniqueurs religieux. Une élite ayant choisi l’assimilation comme une nécessité et rongée par la haine de voir la promotion d’une culture nationale propre au peuple de Guinée. Il est urgent que l’État guinéen prenne conscience du danger qui guette ses populations abandonnées depuis de longues dates à la merci des fondamentalistes et extrémistes religieux.

En choisissant dès l’Indépendance à faire la Culture guinéenne un secteur de priorité - pour un peuple déshérité culturellement depuis des millénaires – à construire des Musées, des théâtres, à lancer des recherches sur l’art, sur les folklores, sur l’identification des œuvres d’arts en disparation, c’est que les pères de l’Indépendance ont voulu préserver le peuple de Guinée d’une suicide collective. Car, un peuple sans histoire, sans passé, donc aliéné, est un peuple qui disparaît progressivement.

CAMARA Naby Moussa






 

 
Dépêches
Express radio

Archives

REGIONS

Guinée: la CRIEF condamne un proche d'Alpha à cinq ans de prison et ordonne la confiscation de tous ses biens

Dissolution des Conseils Communaux : les Forces Vives de Guinée protestent (communiqué)

Maison Centrale de Conakry: le ministre Charles Wright prend des mesures draconiennes

Guinée : La Fondation KPC pour l’Humanitaire signe un Protocole d’Accord avec la famille Ilaix Moriba

Secteur énergétique : le bilan du Professeur Alpha CONDE est élogieux (Par Sayon MARA)

Université de Kankan: des étudiants en colère, cassent tout sur leur passage

Kindia: Le Premier Ministre reçoit une mission du fonds saoudien de développement !

Kindia: le colonel Mamadi Doumbouya prend le poule des troupes

Kindia : La session extraordinaire du conseil interministériel consacrée à la sécurité routière en Guinée

11 morts dans l'accident impliquant le cortège du ministre de la Sécurité à Kolabounyi : le parquet général ouvre une enquête !

Bannière