Non content d’affoler les hit-parades, le jeune Johnny casse aussi la baraque sur scène, ce que son public ne manque pas d’appliquer aussi dans la salle, où les fauteuils volent bas. Il a 17 ans quand il fait son premier Olympia, le 20 septembre 1961, où il restera jusqu’au 9 octobre. Il y reviendra régulièrement par la suite, avant d’investir le Palais des Sports qui va devenir son ring de boxe préféré. En attendant le Parc des Princes puis le Stade de France, sur le toit duquel, les 5 et 6 septembre 1998, Johnny débarque en hélicoptère Écureuil piloté par… Michel Drucker. Jusqu’à 400 000 personnes étaient à son concert parisien le soir du 14 juillet 2009, au Champ de Mars, au pied de la Tour Eiffel.



Dès le début, le jeune Johnny Hallyday se place dans le sillage de ses héros américains, James Dean et, surtout, Elvis Presley. A 18 ans, il enregistre sont troisième album à Nashville où rôdent les plus fines lames de studio : “Sings America’s Rockin’Hits” sort le 20 avril 1962. Il y retournera, tout comme à Memphis, ville natale d’Elvis qui y a sa résidence Graceland, ainsi qu’à Los Angeles. Comme celle d’Elvis Presley, sa popularité traversera plusieurs générations, suscitant des sosies plus ou moins réussis et surtout un vrai lien affectif, indéfectible, un lien d’appartenance réciproque. On est fan de Johnny ou on ne l’est pas, fan pour lequel le Johnny en question avoue le plus grand respect: “On est très content d’être avec vous ici ce soir, lance-t-il au Palais 12 à Bruxelles le 26 mars 2016, je suis heureux avec vous, ouaouh!” L’on peut le croire sur parole. Ces fans, il va jusqu’à les envier dans “La vie à l’envers” (“De l’amour”, 2015), sur des mots très sensibles de Vinvent Delerm.




Les dérapages et ennuis

Malheureusement, comme son idole, il s’est fourvoyé dans la démesure, jusqu’à devenir une caricature de lui-même… largement récupérée par les humoristes français, Guignols de l’Info en tête. Sans doute est-ce parce qu’il a poussé l’imitation trop près du modèle, avec un répertoire largement dominé d’adaptations françaises de succès américains, que Johnny Hallyday n’a jamais vraiment conquis un public international, son aura restant confinée à l’Hexagone et à l’espace francophone.



Ses modèles américains n’étaient pas toujours de bons exemples, quand il s’agissait d’alcool, de cocaïne ou d’excès de vitesse. Une vie émaillée d’accidents de voiture, comme celui impliquant sa femme Sylvie Vartan, le 20 février 1970, lorsque leur Citroën DS glisse sur le verglas. Ce ne fut pas plus simple avec les femmes, où les dérapages furent aussi nombreux  : deux mariages et deux divorces avec Adeline Blondieau, fille de l’ami Long Chris, ou deux mois et deux jours de mariage avec Élisabeth Étienne, dite Babeth. Sans compter les ennuis récurrents avec le fisc, les maisons de disques, les producteurs de concerts et un entourage pas toujours trié sur le volet. Il n’eut pas des divorces et des procès qu’avec les femmes.



Avec sa femme Laetitia Boudou



© Belga


Sa fin maintes fois annoncée depuis le milieu des années septante, Johnny est le champion du rétablissement. On le croyait fini au début des années 1980, mais l’arrivée dans sa vie de Nathalie Baye, en 1982, change la donne : oublié le blouson, place à l’imper ou au pardessus. Changement de style aussi au cinéma, où le chanteur se voit offrir, par Jean-Luc Godard, le rôle de Jim… Warner dans le film “Détective” (1985).

De renaissance en résurrection, à 300 à l’heure toute sa vie, Johnny joue avec la mort, ou est-ce la mort qui joue avec lui  ? Tourmenté, à 23 ans, il tente de se suicider le 10 septembre 1966, dix jours avant la sortie de “Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir”, qui paraît un mois plus tard sur l’album “Génération perdue”. Il lui échappe depuis des décennies, passant notamment, fin 2009 à Los Angeles, par deux comas artificiels après une hernie discale et des complications post-opératoires. Rockeur en chaise roulante, rockeur sur des béquilles, sa popularité repose aussi sur les failles et les faiblesses. Avec une certaine autocomplaisance pour le mythe du “survivant”… Du combattant aussi, sur scène encore récemment avec les Vieilles Canailles, puis en studio, malgré la maladie. “Bientôt 2018 tournée rock and blues”, tweete-t-il le 6 août dernier.



Au Parc des princes, en 1993



© REPORTERS




“Tunnel de souffrances”

Brèches dans la carapace, blouson de cuir élimé  : une première interview-vérité paraît dans Le Monde le 7 janvier 1998, où Jean-Philippe Smet pose un regard sans complaisance sur Johnny Hallyday. “Etre Johnny Hallyday, c’est un métier”, dira le même Jean-Philippe à Télérama, 18 ans plus tard. “Mais quand je ne travaille pas, je suis Jean-Philippe Smet.” “Ma vie a été un tunnel de souffrances où je ne me sentais pas toujours en accord avec moi-même, vivant au jour le jour, tenaillé par la peur du lendemain.”



Dans le film “Jean-Philippe” (Laurent Tuel, 2006), Fabrice Lucchini, fan ultime, se réveille à l’hôpital dans un monde sans Johnny Hallyday. Désormais, même Jean-Philippe Smet n’est plus là pour rattraper le temps perdu.