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Libre opinion: Néfastes et sordides jeux politiques en Guinée ( Par Almamy Kèmo)

4/8/2018

 





La Guinée navigue depuis plusieurs années dans un sordide jeu politique qui sape davantage ses efforts de développement économique, fragilisant son tissu social et l'empêchant de rejoindre le cercle des nations Africaines dites normales et démocratiques.

Un aperçu rétrospectif nous permet pourtant de constater, qu'après la mort du General Lansana Conté en 2008, suivie de la prise du pouvoir par le CNDD sous l'impulsion du capitaine Dadis Camara, qu'une synergie d'efforts avait rassemblé la classe politique, la société civile et les syndicats au sein du Forum des forces vives de la nation, soutenu par la CEDEAO et l'Union Africaine. À l'époque, d'anciens opposants et collaborateurs du défunt régime semblaient privilégier l'intérêt supérieur de la nation à un tournant crucial de son existence. Alpha Condé, Jean Marie Doré, Cellou Dalein Diallo, Sidya Toure, Lansana Kouyaté, François Lounceny Fall, Mouctar Diallo, Bah Baadiko, Rabiatou Diallo, Ibrahima Fofana... conjuguaient ou tentaient de conjuguer le même verbe pour s'opposer aux velléités suspectes de l'armée (Dadis) de garder le pouvoir. Leur objectif affiché était perçu comme une volonté commune et louable d'œuvrer à l'instauration des bases d'une véritable démocratie en Guinée.

Après plusieurs années de despotisme, d'autocratie, d'errance et de mal gouvernance, les différentes tendances sociopolitiques du pays parvinrent à mettre en place un gouvernement et un conseil national de transition. Une nouvelle constitution fut promulguée et signée par le chef de la transition le Général Sékouba Konate, balisant la voie à l'élection d'un président, considéré démocratiquement élu. Malgré les défaillances constatées dans l'organisation du scrutin et des nombreux incidents graves qui l'ont émaillé, les résultats furent acceptés. Vus le chemin parcouru et les obstacles surmontés, l'optimisme était permis d'avoir enfin des solutions concrètes et durables pour préserver la paix sociale et l'unité nationale, tout en mettant en place les politiques et réformes indispensables pour l'amélioration de la gouvernance et des conditions de vie des populations. Hélas, une décennie plus tard, la Guinée reste encore coincée au milieu de contentieux électoraux et de tumultes sociopolitiques à deux ans du dernier mandat présidentiel d'Alpha Condé.

Le pays est confronté à un immobilisme ou à une paralysie aiguë dû à plusieurs facteurs endogènes dont les caractéristiques et les causes sont déjà connues. Des crises de tout ordre s'aggravent les unes après les autres ternissant les maigres progrès accomplis sur le plan économique. Leurs conséquences désastreuses se répercutant sur la vie d'un peuple déjà asphyxié par le récent désastre d'Ebola, par la pauvreté chronique, les inégalités et les incessantes rivalités claniques.

En effet, c'est une situation qui s'accommode de l'héritage des précédentes gouvernances, dont plusieurs acteurs sont encore présents et influents dans les sphères de décision de l'État. Ceux qui faisaient avec zèle, la promotion du tripatouillage de la constitution au profit d'une « éternisation » du général Lansana Conté au pouvoir, excellant dans la courtisanerie et la fourberie, profitant largement de leurs positions dans la haute administration sont inamovibles et tirent encore les ficelles. Ils font partie aujourd'hui de ceux qui fomentent et concoctent sournoisement un projet de troisième mandat pour l'ancien opposant à Conté et actuel Président. Un troisième mandat potentiellement périlleux pour la nation ! Des chefs d'orchestre composant la dangereuse symphonie pour accompagner la « mélodie des sirènes révisionnistes ». En fait ils ne sont que des opportunistes de tout calibre, activant leurs lobbies tribalistes, clientélistes, népotistes et affairistes pour bénéficier de la "mangeoire" à l'approche et au lendemain de toutes les échéances électorales. Des démagogues et hypocrites qui rivalisent d'ardeur dans la transhumance et le marchandage politiques à la recherche de nouveaux pâturages. Des spécialistes de changements de camps pour des alliances, des fusions et partenariats éphémères et fantaisistes guidés le plus souvent par des intérêts égoïstes et mal fondés. De la Realpolitik diront certains ! Mais de l'aventurisme politique pur et simple pour d'autres.

Pendant ce temps, la déliquescence et la faiblesse de l'autorité de l'État gangrènent toute l'administration et affectent sérieusement l'application et le respect des lois de la république. Situation qu'illustrent la lenteur et le laxisme dans la tenue d'un procès pour juger les auteurs du horrible massacre du 28 septembre 2009. En témoigne aussi, le statu quo au sein des mairies et des communes rurales dont les élus ne sont toujours pas installés dans leurs fonctions depuis le scrutin du mois de février de cette année, perpétuant leurs gestions par des délégations spéciales aux responsabilités obsolètes. Cela démontre surtout le résultat d'une absence sidérante de leadership régalien et compétent et de la non promotion du mérite et de l'excellence à tous les niveaux en Guinée. Le chef de l'État donnant le ton en érigeant expressément, dès l'entame de son premier mandat un mode ethno-régionaliste de partage du pouvoir:

-L'exécutif pour la Haute Guinée

-La Primature pour la Basse Côte

-La présidence du parlement pour la Guinée Forestière.

Un acte grave de violation de serment et d'ostracisme par le président, qui foule au sol son statut de garant de l'unité nationale et de premier magistrat de la nation. Le désormais Professeur-Président, auparavant opposant historique et ancien prisonnier politique, disait au début de son premier mandat à qui veut l'attendre qu'il a « hérité d'un pays, et non d'un État », n'a certainement pas dû mesurer toute la signifiance de son propre constat pour changer la donne. Alpha Condé, qui refusait fermement toute participation du RPG à un gouvernement sous l'ère Conté, puise énormément aujourd'hui dans l'arsenal des ressources humaines du régime du General Lansana Conte, dont il vouait pourtant aux gémonies. En le faisant, l'actuel occupant de Sékhoutoureya sacrifie au passage toute refondation réaliste de l'appareil étatique, car entouré par ceux-là même qui mirent le pays et son économie à genoux. Car sous son magistère, le système mafieux s'est endurci et l'État que le président "promettait" de bâtir reste une utopie.

Sidya Toure, cet ex premier ministre qui avait laissé une impression relativement bonne dans la mémoire d'une grande partie de la population, grâce aux résultats positifs qu'il avait produits, est désormais vu comme le prototype de l'indécision, de l'inconstance et de l'opportunisme dans l'arène politique national. Sous le leadership du haut représentant du chef de l'État [sic], l'UFR de Mr Sidya se distingue par un repositionnement étrange au sein du paysage politique à l'image d'un "caméléon". Tantôt opposant, tantôt partenaire du parti au pouvoir !

Les autres partis de moindre envergure quant à eux, cherchent délicatement à se faire entendre et valoir dans un champ politique désorganisé, inutilement pléthorique et idéologiquement désorienté. Ils constituent tout simplement des "tonneaux vides" qui ne font que du bruit sans aucune influence.

L'ethnostratégie qu'utilisent délibérément les principaux partis politiques (RPG, UFDG) a profondément dénaturé les idéaux et valeurs qui devaient guider leur combat. Entre l'opposition républicaine et la mouvance présidentielle, c'est un bras de fer constant et une lutte sans concession. Cette adversité malsaine à la compétition politique constitue un handicap majeur à l'efficacité du parlement, où les deux camps antagonistes brillent dans le sabotage mutuel, au détriment d'un débat fertile et responsable autour des problèmes de la nation pour leur résolution au bénéfice de tous.

Les discours et prises de positions au cours des assemblées hebdomadaires des partis sont devenus une tribune ou des appels à la haine, à l'instrumentalisation, à la vengeance, à la stigmatisation, à l'arrogance, aux insultes et aux accusations de toutes sortes. L'occasion n'est plus de promouvoir des programmes de développement et projets de société, de vision pour le futur et d'éducation civique des militants et sympathisants des formations politiques.

Les violences pré et post électorales prennent un caractère communautariste à chaque manifestation de rue, endeuillant plusieurs familles et faisant d'importants dégâts matériels. Le ton et les positions se durcissant, enflammant les débats interactifs et la toile via les réseaux sociaux, exhibant les frustrations engendrées par les discours et les attitudes de la haine. Fort malheureusement, en l'absence d'une justice impartiale et compétente, ce sont les injustices, l'impunité, les désespoirs et les déceptions qui s'accumulent, se transformant en radicalisation au profit des cyniques agitateurs de toutes les espèces.

Le mutisme, l'inaction ou l'impuissance des gardiens de la constitution, des acteurs de la société civile et des leaders religieux face à de tels agissements et transgressions des lois, règles et valeurs suscitent plusieurs interrogations par rapport à leurs rôles dans la cité pendant les moments les plus incertains. La désorganisation qui caractérise les acteurs sociaux, la partialité hypocrite des religieux et le manque de dextérité au sein des pouvoirs législatif et judiciaire créent une culture de laisser-aller. Ainsi les citoyens se retrouvent sans aucune défense face à la mal gouvernance et ses corollaires.

Tristement, c'est dans cette atmosphère sombre, négative et tendue que la Guinée célèbrera le 60ème anniversaire de son indépendance le 2 Octobre 2018. Dans ce cas, le bilan qui sera étalé de la gestion des six dernières décennies de notre souveraineté, ne sera pas reluisant à beaucoup d'égards pour la première colonie d'Afrique noire Francophone à se libérer du joug colonial. Il n'y a pas eu de rupture, donc le changement tarde à se produire.

Cependant, bien que nous soyons un résumé de la diversité d'un pays, dont les frontières actuelles furent arbitrairement tracées selon les intérêts impérialistes de l'envahisseur étranger, notre destin est inséparablement lié. Malgré le lourd héritage de notre passé et les vicissitudes de l'histoire, nos aspirations restent et demeurent communes. En tant que peuple ayant choisi ensemble la liberté, nous avons l'obligation d'appréhender l'importance de notre harmonie et cohésion sociales: base de tout bonheur collectif. La réalité est que-nous vivons sur le même territoire, nous partageons la même citoyenneté, les mêmes droits, les mêmes devoirs et les mêmes besoins. Donc, nous devons comprendre sans ambiguïté aucune, que c'est l'union de toutes les régions et de toutes les parties intégrantes de la nation, autour des idéaux et pratiques démocratiques qui fera la force d'une Guinée prospère, une et indivisible. « E Pluribus Unum ».

Si les citoyens Guinéens veulent profiter du vivre ensemble dans un État démocratique, unitaire, fraternel et solidaire; ils doivent impérativement dépasser les considérations passionnelles de leurs différences, tout en s'éloignant des manipulations politiciennes et de l'endoctrinement des "prêcheurs du faux évangile". Ils doivent éviter, d'être sacrifiés sur l'autel du "sectarisme triomphant" et de la "victimisation outrancière" au nom d'une quelconque fierté de suprématie et d'insoumission indomptables. Les patriotes Guinéens, les vrais ont le devoir citoyen de rester débout et unis contre l'arbitraire et l'injustice d'où ils proviennent. Ils doivent surtout œuvrer à l'avènement d'un vrai changement intégral et à l'émergence d'un nouveau type de leadership débarrassé de toutes les tares de ses prédécesseurs.

Rappelons-nous chers compatriotes, sans jamais le souhaiter, que les principales victimes d'une descente aux enfers de notre pays ne seront que des Guinéens que nous sommes. Alors, prenons toute la mesure de la gravité de la situation sociopolitique de notre pays, qui ne profite qu'aux vautours et pyromanes déguisés en faiseurs de miracles. Les défis que nous devons relever ensemble, ne doivent pas être confondus aux ambitions égoïste et machiavélique de qui que se soit. Les hommes passent, mais la Guinée est éternelle.

Le peuple doit rester souverain et vigilant pour contrôler sa propre destinée.

Que Dieu bénisse la Guinée !

Almamy Kèmo.

USA

 

 
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