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Justice: À Genève, le milliardaire Beny Steinmetz défie ses accusateurs

 Economie
11/1/2021

 







Beny Steinmetz après son interpellation en Israël en 2017. Le magnat des mines et du diamant affronte la justice dans plusieurs pays.


Beny Steinmetz après son interpellation en Israël en 2017. Le magnat des mines et du diamant affronte la justice dans plusieurs pays.


AFP


C’est le procès qui attire les regards en ce début d’année 2021. D’Israël à l’Afrique en passant par Londres, New York ou la Roumanie, l’affaire Beny Steinmetz mobilise policiers, détectives privés, avocats et médias depuis sept ans. Âgé de 64?ans, le magnat des mines et du diamant doit comparaître dès le 11?janvier devant le Tribunal correctionnel de Genève, en compagnie de deux partenaires d’affaires. Tous trois sont accusés de «corruption d’agents publics étrangers» et faux dans les titres, des crimes passibles de 5?ans de prison.



Selon l’acte d’accusation que nous nous sommes procuré, Beny Steinmetz et ses acolytes auraient fait verser au moins 8,5?millions de dollars de pots-de-vin à la quatrième femme de l’ancien président de la Guinée, Lansana Conté, afin de s’emparer d’un des plus grands gisements de fer du monde, la mine de Simandou. Les accusés contestent les charges. Ils sont présumés innocents et leurs avocats plaideront l’acquittement.



Les montagnes de Simandou, en Guinée, cachent l’un des plus gros gisements de fer du monde. La revente de ses droits miniers au Brésilien Vale avait rapporté 500?millions de dollars à Beny Steinmetz en 2010.


Les montagnes de Simandou, en Guinée, cachent l’un des plus gros gisements de fer du monde. La revente de ses droits miniers au Brésilien Vale avait rapporté 500?millions de dollars à Beny Steinmetz en 2010.


TDG


Pour la justice helvétique, l’enjeu du procès est majeur. Car il est rare qu’une grande affaire de corruption internationale débouche sur un procès en Suisse, surtout avec un accusé de ce calibre.



Dur, sec et ambitieux



Malgré les perturbations liées au Covid, Beny Steinmetz, qui vit aujourd’hui en Israël, sera présent au procès, selon son défenseur Marc Bonnant. «Il a toutes les autorisations et fera toutes les quarantaines», assure l’avocat genevois. Sa récente condamnation à 5?ans de prison en Roumanie, dans une affaire distincte, n’y changera rien.



Sa présence sera un événement en soi, car le personnage est aussi controversé que secret. Il fut un temps l’homme le plus riche d’Israël, avec une fortune évaluée à quelque 8?milliards de dollars. Jusqu’en 2016, il vivait à Genève, face au Jet d’eau et au bénéfice d’un forfait fiscal. Le cœur de son groupe était administré au bout du lac – raison pour laquelle il y est jugé aujourd’hui. Beny Steinmetz a aussi fourni de gros diamants pour les ventes aux enchères qui se tiennent dans les palaces situés sur les quais.



Le diamant Pink Star, autrefois Steinmetz Pink, s’est vendu pour plus de 70?millions de dollars en 2017. La famille Steinmetz l’avait acquis en 1999.


Le diamant Pink Star, autrefois Steinmetz Pink, s’est vendu pour plus de 70?millions de dollars en 2017. La famille Steinmetz l’avait acquis en 1999.


AFP


En Afrique, il s’est fait un nom en s’imposant au forceps face aux grands groupes qui dominent l’industrie minière. Un joaillier genevois qui l’a fréquenté voit en lui «le vrai prototype de l’Israélien dur. Il est froid comme un glaçon, sec comme un coup de trique, avec un visage en lame de couteau.» Un ancien ministre guinéen des Mines, Mahmoud Thiam, le décrivait en 2014 comme une «personnalité extrême», qui «aime se pousser à bout»: «Il fait deux-trois heures de sport par jour, il ne touche pas à une goutte de crème, de sauce, de graisse. Quand il a une affaire en tête, il ne pense qu’à ça, avec lui, il n’y a pas de répit.»



Comment cet homme décrit par ses proches comme brillant et ambitieux se retrouve-t-il sur le banc des accusés? Ce revers de fortune, Beny Steinmetz le doit à quatre accusateurs, sans qui son procès n’aurait sans doute jamais eu lieu.



George Soros, le propagandiste



Le financier et philanthrope new-yorkais d’origine hongroise,  George Soros.


Le financier et philanthrope new-yorkais d’origine hongroise, George Soros.


Eric Piermont/AFP


Le financier et philanthrope new-yorkais d’origine hongroise, aujourd’hui âgé de 90?ans, a joué un rôle clé dans l’éclatement du scandale Simandou. George Soros a soutenu financièrement la Guinée quand son actuel président, Alpha Condé, a accusé Beny Steinmetz d’avoir corrompu son prédécesseur pour s’emparer du gisement de fer appartenant à Rio Tinto, un géant anglo-australien. Les ONG financées par Soros, notamment Global Witness, ont médiatisé l’affaire quasi en temps réel. Jusqu’à en faire un emblème de la corruption dans l’industrie des matières premières.



Mais en Guinée, la realpolitik a fini par l’emporter. En 2019, le gouvernement guinéen a mis fin aux poursuites contre Beny Steinmetz. Il a retiré la plainte qu’il avait déposée à Genève et invité l’Israélien à revenir investir dans le pays, sans toutefois lui restituer ses droits sur Simandou. L’ancien président français Nicolas Sarkozy est intervenu aux côtés de Beny Steinmetz pour négocier cet accord.



Claudio Mascotto, l’enquêteur



Le procureur Claudio Mascotto.


Le procureur Claudio Mascotto.


TDG


Il y a eu du changement cet automne dans l’équipe de l’accusation. Claudio Mascotto, qui a mené l’enquête genevoise contre Beny Steinmetz depuis 2013, sera remplacé au procès par Caroline Babel Casutt et Yves Bertossa. Au printemps, malgré sa nomination comme juge à la cour de droit public, c’était encore lui qui devait soutenir l’accusation, en qualité de procureur suppléant. Mais des demandes de récusation, finalement rejetées par le Tribunal fédéral, avaient obligé au report du procès.



Considéré comme un magistrat brillant, mais marqué idéologiquement – il cite volontiers Brecht –, le socialiste était contesté pour des voyages «informels» en Israël, où les autorités enquêtent aussi sur Beny Steinmetz. Les avocats de la défense disent avoir appris l’existence de ces voyages par la presse. «Mascotto est un Lauber local», estime Marc Bonnant, pour qui ces voyages étaient illicites, car ne figurant pas au dossier.



L’enquête genevoise, qui remplit quelque 250 cartons de documents, porte l’empreinte du style Mascotto. Son acte d’accusation pourfend les constructions juridiques dont se sert Beny Steinmetz pour nier toute corruption en Guinée. L’homme d’affaires affirme n’être qu’un «consultant» de son groupe minier BSGR (Beny Steinmetz Group Resources), qui avait arraché les permis sur Simandou. «Bien que n’occupant aucune fonction officielle, Beny Steinmetz est dans les faits le vrai directeur et animateur du groupe BSGR», affirme l’acte d’accusation.



Second paravent: la quatrième femme de l’ancien président guinéen, Mamadie Touré, n’a pas été payée par BSGR, mais par une société des îles Vierges britanniques, Pentler, en principe indépendante. Pour l’accusation, «l’interposition de Pentler était fallacieuse et visait à cacher le rôle joué par BSGR». Pour avoir «organisé ce montage», la femme de confiance du groupe BSGR à Genève, une Belge de 50?ans, sera elle aussi sur le banc des accusés.



Mamadie Touré, le témoin de la couronne



Mamadie Touré est le personnage clé du procès


Mamadie Touré est le personnage clé du procès


DR


Née en 1981, Mamadie Touré, quatrième femme de feu le président Lansana Conté, est le personnage clé du procès. À Genève, le but des enquêteurs était de «découvrir que Beny Steinmetz a fait parvenir, directement ou indirectement, de l’argent à Mamadie Touré, et que cela a été décisif pour accorder les permis (sur Simandou) à BSGR», résumait en 2016 un proche du dossier. L’acte d’accusation détaille comment des intermédiaires lui ont versé 8,5?millions de dollars de pots-de-vin, plus 2?millions en cash, entre 2006 et 2012.




Selon l’accusation, Mamadie Touré exerçait une influence «de type et de niveau gouvernemental sur son mari et ses ministres. Elle se mêlait directement et personnellement du projet guinéen de BSGR.» Elle aurait ainsi joué un rôle décisif pour ouvrir les portes de la présidence à Beny Steinmetz et son groupe.




urgent urgent. […] Tu sais, il n’y a pas 50 solutions. Il faut tout détruire et nier tout ça.»




Le coaccusé de Beny Steinmetz, incitant Mamadie Touré à détruire des documents


Il y a pourtant peu de chances que la Guinéenne assiste en personne au procès genevois. Elle est aujourd’hui réfugiée aux États-Unis, où elle jouit d’un statut de témoin protégé par les autorités. Selon Marc Bonnant, ce statut «n’est pas conforme à notre droit». Il demandera la comparution de Mamadie Touré, puisqu’elle a admis avoir été corrompue. Il affirme aussi qu’elle n’est pas vraiment la quatrième épouse du président Conté – seulement une maîtresse – et n’était donc pas un agent public au sens du droit suisse.



Cible privilégiée de la défense, Mamadie Touré a déjà fait beaucoup de mal à Beny Steinmetz et son groupe. Le troisième accusé du procès genevois, un Français de 58?ans, a purgé une peine de prison aux États-Unis pour avoir incité la jeune femme à détruire des documents compromettants pour BSGR. Dans un enregistrement réalisé sous couverture à la demande du FBI, on entend le Français dire à Mamadie Touré: «Il faut détruire ça, urgent urgent urgent. […] Tu sais, il n’y a pas 50 solutions. Il faut tout détruire et nier tout ça.» Cet ordre de tout détruire, dit-il dans l’enregistrement, venait «directement de Beny».



Ofer Kerzner, l’ami devenu ennemi



Ofer Kerzner devant sa principale réalisation, l’espace Platforma à Kiev.


Ofer Kerzner devant sa principale réalisation, l’espace Platforma à Kiev.


DR


La principale nouveauté du procès genevois, ce sont les accusations de faux dans les titres portées contre Beny Steinmetz et ses deux associés. C’est là qu’entre en scène un autre personnage, Ofer Kerzner. Cet Israélien de 63?ans s’est fait un nom dans la construction en Ukraine. Lui et Beny Steinmetz ont été proches, selon Marc Bonnant. Aujourd’hui, ils se détestent.



D’après nos informations, Ofer Kerzner doit venir au procès le 13?janvier pour être entendu comme témoin. En 2009, ses comptes suisses chez Clariden Leu (banque plus tard rachetée par Credit Suisse) et Julius Bär ont reçu 12?millions de dollars d’une société de Beny Steinmetz. Sur cette somme, 1,5?million sera viré, deux ans plus tard, à Mamadie Touré, après être passé par le compte du troisième accusé chez Edmond de Rothschild à Nassau. Selon l’accusation, une vente fictive de terrains en Roumanie aurait permis de justifier le versement des 12?millions. C’est le premier faux.



Quand ses banquiers suisses lui ont posé des questions sur ces transactions, Ofer Kerzner leur aurait présenté d’autres fausses factures, réalisées selon lui à l’instigation de Beny Steinmetz. Comme celle de la location pour deux semaines et 510’000 dollars du yacht Meamina, en juillet 2011. Ou un faux contrat de consultant censé expliquer le versement de 1,5?million à Mamadie Touré. Ou encore un faux contrat de prêt avec la gérante d’un somptueux palais au Maroc. Il devait justifier un versement d’un million que Beny Steinmetz voulait, selon l’accusation, «cacher aux banques et aux autorités».



Le yacht Meamina.


Le yacht Meamina.


Benedetti


On l’a vu récemment dans le procès concernant la FIFA au Tribunal pénal fédéral de Bellinzone: dans les affaires financières, il est parfois plus facile de condamner pour faux que pour corruption. Mais là aussi, la défense de Beny Steinmetz s’est préparée. «Pour nous, ces documents ne sont pas des titres, explique Marc Bonnant. Et ils n’ont pas été signés à Genève. Il n’y a donc pas de compétence ici.» Le procès doit durer jusqu’au 22?janvier.



Source; Tribune de Génève


 

 
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