 Musique 26/9/2015
En Afrique, on le connaît davantage à travers le groupe Bolloré, ses ports et ses rails. Mais en tant que patron de Vivendi, l'entrepreneur français lorgne aussi l'industrie culturelle. Première étape : Conakry.
Le 26 septembre, le palais du Peuple, à Conakry, perdra pour quelques heures son allure martiale. Sur la vaste esplanade qui lui fait face, la maison de disques Universal, filiale de Vivendi, espère réunir quelque 25 000 spectateurs pour un concert gratuit de plus de huit heures. À l’affiche : la scène urbaine guinéenne, mais aussi le Nigérian Wizkid et la jeune Malgache Deenyz, gagnante de la première édition d’Island Africa Talent, le télé-crochet diffusé l’an dernier sur A+, la chaîne africaine de Canal+… également propriété de Vivendi.
Officiellement, cette fête de la musique, dont le budget dépasse 100 000 euros, vient célébrer le succès de la campagne de vaccination contre le virus Ebola. Mais pour Vincent Bolloré, président du conseil de surveillance de Vivendi (dont il détient 14,5 % des parts), l’objectif consiste davantage à lever le voile sur sa dernière obsession : après la logistique portuaire, le chemin de fer et les énergies renouvelables, l’entrepreneur français fait de l’industrie culturelle sa nouvelle bataille africaine.
En privé, le patron annonce déjà un réseau de 40 Canal Olympia, en commençant par Cotonou, Dakar et Brazzaville
Au côté du président Alpha Condé, actuellement en campagne pour sa réélection, il posera, le matin du concert, la première pierre d’un complexe culturel baptisé Canal Olympia. Ce lieu offrira un amphithéâtre extérieur de 4 000 places et une salle modulable de 600 fauteuils, afin d’accueillir aussi bien des projections que des spectacles.
Il sera construit à Kaloum (extrémité sud de Conakry), non loin de la Blue Zone, un espace autonome en énergie offrant l’eau, l’électricité et internet installé l’an dernier par le groupe Bolloré. En privé, le patron annonce déjà un réseau de 40 Canal Olympia, en commençant par Cotonou, Dakar et Brazzaville. Du côté de Vivendi, on est plus prudent : on table dans un premier temps sur dix réalisations. Chacune représenterait un investissement de plusieurs centaines de milliers d’euros.
Si en France l’implication du président de Vivendi dans le management de Canal+ fait craindre pour l’indépendance de la ligne éditoriale des chaînes du groupe, en Afrique elle a plutôt stimulé les équipes. Dès son arrivée à la tête du conseil de surveillance, en juin 2014, le patron a organisé un séminaire à Los Angeles pour les 50 premiers managers de son nouvel empire, avec l’idée de les faire travailler sur des projets transversaux, notamment en Afrique. « Créer des synergies, casser les fonctionnements en silo… C’est une obsession pour Vincent Bolloré », indique Simon Gillham, directeur de la communication de Vivendi et président de l’Olympia, la célèbre salle de concerts parisienne.
Julien Clemençot ( Jeune Afrique)
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