Le Collectif des Avocats de Aboubacar Toumba Diakité a animé une conférence de presse ce mardi 23 Mai 2017 pour parler de « la problématique du dossier du 28 Septembre » dans lequel l’ex aide de camp de Moussa Dadis Camara est inculpé et détenu à la Maison Centrale de Conakry, mais aussi et surtout, réagir à la récente sortie médiatique du ministre de la justice, Maître Cheick Sako.
A l’entame, Maître Paul Yomba Kourouma, doyen du Collectif des avocats, a dénoncé la campagne de manipulation et de désinformation entreprise par le gouvernement guinéen à travers son ministre de la Justice dans le but de se soustraire de ses obligations qui consistent à accorder un minimum de commodité à la détention de Toumba Diakité. Cela, conformément au standard international.
Face à de tels agissements propres à un gouvernement non respectueux de ces propres de textes lois mais aussi et surtout des engagements internationaux auxquels il a librement souscrit, selon Maître Paul Yomba, le Collectif dont il fait partie s’est senti dans l’obligation de prendre à témoin l’opinion nationale et internationale. Toute chose qui justifie la tenue de cette conférence, a-t-il précisé.
Convaincu qu’il n’y a pas de place à la manipulation dans l’affaire du 28 Septembre, Maître Aboubacar Sylla a pour sa part invité l’Etat guinéen à tout mettre en œuvre pour que ce dossier évolue. « Il n’y a pas d’affaire Toumba. Il n’y a qu’une seule affaire : l’affaire du 28 septembre 2009 portant sur un crime contre l’humanité. L’Exécutif doit tout mettre en œuvre pour que ce dossier évolue», a précisé cet autre membre du Collectif des avocats de Toumba.
« Nous avons tout accepté pour ne pas être accusé du retard dans cette affaire. Malgré notre engagement, de l’autre côté, rien n’a été fait dans le sens de la satisfaction de nos demandes », a justifié l’avocat pour quelle raison ils ont suspendu leur mission d’assistance à Toumba Diakité pour ne pas jouer au figurant dans le dossier alors que tout est refusé à Toumba ; même son cadre de vie ne permet pas à sa défense.
Même s’ils sont traités de « naïf » et « d’avoir une attitude légère », Maître Aboubacar Sylla rassure qu’ils vont continuer à se battre jusqu’à la satisfaction de leurs demandes. « Nous avons adopté une stratégie et cette stratégie reste en marche. Tout ce que fait ce gouvernement, et depuis toujours, c’est de la manipulation. Le ministre de la justice parle de confrontation alors que la promesse de mettre en congé les cadres inculpés n’est pas effectives », a-t-il dit.
Le 25 Mai, le commandant Aboubacar Sidiki Diakité dit Toumba sera confronté à Marcel Guilavogui, un de ses coaccusés dans cette affaire du 28 Septembre et adjoint alors qu’il servait Moussa Dadis Camara. Ses avocats disent ne pas être opposés à cette confrontation mais ils exigent à ce que la séance de confrontation soit étendue avec toutes les personnes inculpées dans ce dossier. Précisant d’ailleurs qu’il a fallu sa sortie pour que cela soit annoncé par le ministre.
Mais si le Collectif dit n’être pas opposé à la confrontation de son client avec ses coaccusés, il demeure en revanche sur sa position qui consiste reprendre sa mission d’assistance tant que le gouvernement n’honore ses engagements d’améliorer les conditions de détention de Toumba. « Si nos demandes sont satisfaites, nous prendrons part à cette confrontation. C’est une phase importante de la procédure. C’est au cours de ces confrontation que notre client peut être condamné ou disculpé dans cette affaire», a précisé en revanche le doyen du Collectif.
Pour sa part, Maître Lansyné Sylla a dénoncé l’immixtion de Maître Cheick Sako, le ministre de la Justice, dans le dossier du 28 Septembre qui est une affaire judiciaire. Pour preuve, le nouvel avocat de Toumba a brandi des coupures de presse qui à la lecture, il dit se rendre compte que les magistrats n’obéissent qu’aux injonctions du ministre, Cheick Sako qui en plus est en train d’usurper des fonctions du procureur de Dixinn.
« Lorsqu’un dossier est en instruction, seul le procureur a le droit de donner des informations sur ce dossier. Dans le cas du dossier du 28 septembre, c’est celui de Dixinn. Ce n’est pas au ministre de la justice de le faire. Il viole l’article 8 du Code la procédure pénale. Ce n’est pas normal pour un ministre de la justice qui doit être au dessus de la mêlé. Il porte atteinte au droit de la défense », a dénoncé l’avocat avant de préciser à son tour : « Nous ne sommes pas déporté. Nous avons suspendu notre assistance jusqu’à la satisfaction de nos demandes ».
Le ministre de la justice a dit que le parquet général prendra ses responsabilités si les avocats de Toumba se retirent du dossier du 28 Septembre. Maître Lansyné Sylla pour qui, le conflit entre Maître Yomba et le ministre ne doit pas influer sur un dossier d’envergure internationale, a rectifié : « Au cas où nous nous déportions, ce serait au pool de juge d’écrire au bâtonnier à l’effet de commettre d’office des avocats ».
Kovana SAOUROMOU