Maître Paul Yomba Kourouma, Avocat à la cour et membre du collectif des avocats de l’UFDG (union des forces démocratiques de Guinée) a vigoureusement dénoncé, mercredi 21 février 2018, au cours d’une conférence de presse, à Conakry, « les fraudes massives qui ont émaillés l’organisation des élections locales du 04 février », mais aussi et surtout, « l’implication de la justice, de l’administration publique et de la commission électorale», dans l’organisation de ces fraudes.
« L’instauration d’une paix durable ne s’accommode pas avec la violation des règles de droit. L’instauration d’une paix durable passe inexorablement par l’administration d’une bonne justice. Un Etat digne de nom doit faire de la justice son bouclier, son rempart, sa carapace. Toutes les institutions devraient reposer sur la justice», rappelle l’avocat qui se dit « au regret de constater qu’en Guinée, l’Exécutif et le Législatif ont fait coalition contre la justice ».
Au cours des élections de ce début du mois de février, d’après le doyen des avocats de l’union des forces démocratiques de Guinée, « les magistrats ont fait allégeance à l’Exécutif pour s’enrichir en dissimulent des procès verbaux de vote, en les intervertissant dans l’intérêt du parti au pouvoir ». Les magistrats ont, selon lui, « sacrifié leur intime conviction sur l’autel de la politique ». Leurs décisions, poursuit-il, « suscitent des remous sociaux ».
Ce qui est à redouter, selon l’avocat, est que des juges se mettent à interpréter leur décision clandestinement, et valident de nouveaux résultats, sans avoir annulé les premiers. Ce qui est écœurant pour le collectif en général, est que des sections qui n’étaient pas partie au scrutin ont eu à ester en justice sans se voir débouter de leur action pour défaut de qualité.
Il y a eu au cours de ce processus électorale, d’après Maître Paul Yomba Kourouma, « une intention de nuire à l’UFDG et un mépris total à son égard.
Ces élections locales ont permis, d’après l’avocat de l’UFDG, « de découvrir l’incompétence des magistrats guinéens ». « Nous sommes meurtris par le travail fait par nos magistrats. Les citoyens ont voté dans le calme. Les magistrats par contre, ont refusé d’examiner des preuves de fraudes. Partout, on dit que l’UFDG n’a fourni aucune preuve », a fustigé l’avocat qui dénonce un déni de justice, une démission de la justice qui ne veut pas de la paix dans le pays.
Tous les magistrats guinéens ne sont tout de même pas logés dans la même enceinte par les avocats de l’UFDG. Un certain nombre d’entre eux qui ont fait du « bon boulot » ont été flattés par Maître Paul Yomba Kourouma et ses confrères.
Maître Aboubacar Sylla, un autre membre de ce collectif, se dit néanmoins n’être pas surpris par ce qui s’est passé. « Ce qui s’est passé était prévisible dans la mesure où il a été interdit aux citoyens de choisir ses dirigeants à la base. Il était aussi prévisible dans la mesure où ce sont les mêmes magistrats sont à la base des contentieux électoraux qu’ils ont eu à régler », a fait savoir l’avocat qui rappelle qu’à Kindia, « l’achat de conscience a été flagrante ».
L’avocat qui accuse des ministres de la République d’avoir voté abusivement dans la ville de Kindia et des chefs de quartier de cette ville d’avoir distribué de manière discriminatoire des procurations, pensent qu’ils sont à l’origine du cocktail explosif. Il s’agit d’une situation préméditée, selon lui, dans le seul but de baliser le chemin pour un éventuel troisième mandat.
Maître Alsény Aïssata Diallo, Maître Salifou Béavogui deux autres membres du collectif des avocats de l’UFDG, témoins de fraudes et « l’incompétence des magistrats » en Forêt et à Conakry se sont également confié à la presse. D’après le premier : « le pouvoir s’est accroché à un proverbe qui dit que c’est honteux pour le chien de voir la chèvre aboyer à sa place ». Autrement-dit, pour le parti au pouvoir, c’était une honte de perdre les élections organisées sous son magistère.
Maître Salifou Béavogui a informé la presse des poursuites engagées contre plusieurs commis de l’Etat qui ont eu à interférer dans le déroulement des votes. Il a parlé aussi des victoires obtenues par la liste UFDG dans la préfecture de Macenta. Il a parlé aussi de Kissidougou où quatre bureaux de vote ont été délocalisés à la dernière minute par le président de la CEPI sans l’autorisation.
Pour le collectif des avocats de l’UFDG, « si on respecte la loi, les élections du 04 février, doivent être purement et simplement invalidées et de nouvelles élections organisées ». « Ces élections n’en ont pas une », a déclaré Maître Paul Yomba Kourouma avant d’annoncer que l’UFDG va épuiser tous les recours possibles parce qu’elle n’acceptera pas en l’Etat, les résultats.
« Ces résultats ne sont pas acceptables. Le gouvernement ferrait mieux d’invalider ce scrutin. Le RPG n’a gagné nulle part. Les magistrats ont travaillé sous pression. Il n’y a pas eu de transparence. L’obligation de réserve n’a pas été respectée. Les juges ont brillé par leur carence. Ils ont oublié qu’ils devaient trancher par ordonnance et non par jugement », a affirmé l’avocat précisant « qu’il s’agit pas d’injure à l’endroit des magistrats, mais l’expression de ce qu’ils incarnent ».
A signaler que sur les 38 communes urbaines que compte le pays, l’UFDG principal parti de l’opposition, arrive en tête dans 10 contre 17 pour le parti au pouvoir. Seulement deux communes, l’une à Conakry et l’autre à l’intérieur du pays reviennent à des listes indépendantes.
Kovana SAOUROMOU
|