L’opposition guinéenne qu’elle soit radicale ou modérée ne croit pas en la capacité du communiqué de la Présidence de la République qui fait de l’organisation des élections communales « une priorité absolue pour le Gouvernement » de résoudre ce problème qui se pose depuis plusieurs années maintenant. Elle pense que c’est une autre stratégie d’Alpha Condé de « berner » le peuple de Guinée.
« Ce communiqué en soit ne résout pas le problème de l’organisation des élections communales », soutient Faya François Bourouno, responsable des communications du PEDN (parti de l’espoir pour le développement national). D’après lui, « il existe énormément de contraintes à lever dans le cadre de l’organisation des élections locales ». Toute chose qui, précise-t-il, « fait qu’une simple annonce de la disponibilité du budget de ces élections ne suscite pas de beaucoup d’espoir »
« Le Gouvernement affirme que la totalité du budget pour les élections communales est disponible. Pour cela, il a été demandé à la CENI, dans le respect de son indépendance et de son autonomie financière, d’élaborer un plan de décaissement et de garantir la mise à disposition des justificatifs liés à l’utilisation des ressources », lit-on dans le communiqué de la Présidence de la République publié lundi 18 septembre. « Ce qui est en nette contradiction avec la volonté affichée du Gouvernement », fait remarquer le responsable des communications du PEDN.
Contrairement à la démarche du Gouvernement, Faya François Bourouno souhaite : «Le Gouvernement ferrait mieux de créditer le compte de la CENI de tout ce dont elle a besoin pour mener à terme le processus électoral et lui demander par après des justificatifs. » Cette mise à disposition du budget permettrait à l’institution électorale de faire face aux problèmes d’ordre logistique et organisationnel auxquels elle serait confrontée et d’être à l’abri des conséquences de la lourdeur administrative, fait savoir ce partisan de l’aile modérée de l’opposition guinéenne.
Certes, « le Gouvernement dont le souci est la bonne utilisation des ressources financières mises à la disposition de la CENI » a des raisons de douter de la crédibilité de cette dernière, reconnaît Faya François Bourouno. Mais pour lui, mettre seulement à la disposition de la CENI, 90 milliards sur les 350 milliards qu’elle a demandés, en dépit de l’assurance que « conformément au principe de régularité et de transparence des dépenses publiques, les payements seront effectués en fonction du plan de décaissement élaboré par la CENI et à la présentation des pièces justificatives des dépenses déjà réalisées » pourrait se retourner contre le Gouvernement lui-même.
Même son de cloche du côté de Cellou Dalein Diallo, président de l’UFDG (union des forces démocratiques de Guinée), partisan de l’aille dure de l’opposition guinéenne. « Si l’on veut aller aux élections avant la fin de l’année, on doit mettre à la disposition de la CENI, les ressources. Si l’on doute de la CENI, ce qu’il faut c’est de l’emmener à justifier l’utilisation du montant mis à sa disposition. Si on a vraiment la volonté politique, c’est de mettre à disposition le budget », fait savoir Cellou Dalein avec l’impression que « il n’y a aucun responsable ».
Pour Cellou Dalein Diallo, c’est une autre promesse qui ne sera pas honorée par le Gouvernement. Et face à un « gouvernement qui a perdu le sens du respect de la parole donnée et qui ne comprend que le langage de la rue, il faut continuer les manifestations », estime le président de l’UFDG. Pour cela, il lance un appel à tout le peuple de Guinée à sortir massivement pour participer aux marches de l’opposition.
Devenu intransigeant ces derniers temps, Cellou Dalein Diallo averti que ces manifestations se poursuivront et ne seront interrompues qu’après la fixation d’une date précise pour les élections, un appel d’offre pour l’audit du fichier. Bref, quand le processus électoral sera vraiment engagé. Pour se consacrer aux préparatifs des élections. Ce qui ne signifiera pas la fin des manifestations, prévient le chef de file de l’opposition qui réclame aussi la mise en place de la haute cour de justice, l’indemnisation des victimes de violences politiques, pour ne citer que celles-là.
La mouvance présidentielle n’a pour le moment pas réagi à cette annonce du Gouvernement.
Kovana SAOUROMOU
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