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« Obama garde l'avantage en politique étrangère, mais Romney ne s'est pas disqualifié »

Tout au long de cette campagne électorale, le président Obama a conservé un avantage considérable sur son adversaire Mitt Romney en matière de politique étrangère, à la fois en termes d'expérience concrète et de confiance accordée par les électeurs. Dans les dernières semaines, Romney était certes parvenu à réduire cet écart de façon importante, et à se rapprocher de la crédibilité de son rival en matière de leadership et de légitimité de commandant en chef pour une Amérique forte dans le monde. Mais pour ce troisième et dernier débat de la nuit dernière consacré à la politique étrangère, le candidat républicain restait dans une situation de handicap par rapport au président. Ce terrain est loin de lui être familier, et sa crédibilité auprès des électeurs repose surtout sur un savoir-faire en matière de création d'emplois.

Selon les premiers sondages américains, Obama a gagné le débat haut la main (CBS News : 53 % -23 % victoire à Obama). A quel point, néanmoins, les électeurs ont-ils accordé leur attention à ce débat ? La politique étrangère demeure un enjeu secondaire de l'élection, et le débat télévisé étant en compétition avec... deux événements sportifs majeurs.

En dépit de confrontations régulières, virulentes et parfois méprisantes entre les deux hommes, les sujets évoqués hier soir sont restés relativement limités (très peu de discussions ont dépassé le seul sujet du Moyen-Orient), et les critiques émises avaient déjà été entendues à de nombreuses reprises dans les discours de campagne.

Obama cherchait à dépeindre Romney comme incompétent et peu sûr, doté d'un jugement dangereux qui l'avait notamment amené à qualifier Bush de " bon gérant " de l'économie, à louer Dick Cheney, à soutenir l'invasion de l'Irak en 2003, ou à s'opposer au calendrier du retrait des troupes en Afghanistan. Certaines des " petites phrases " les plus mémorables de la soirée ont servi à présenter Romney comme l'homme d'une époque dépassé (classant la Russie comme ennemi principal des Etats-Unis plutôt qu'Al-Qaïda). Dans un échange particulièrement vif, Obama a admis que les Etats-Unis avaient certes moins de transporteurs maritimes que par le passé, comme le lui reprochait Romney, mais également moins de "chevaux et de baïonnettes ". le président a également lancé que "les années 1980 aimeraient bien que [Romney] leur rende leur politique étrangère".

Le candidat républicain, de son côté, s'efforçait de ne commettre aucune erreur, et de ne pas compromettre une dynamique davantage en sa faveur depuis trois semaines. Son but principal était de rassurer les électeurs sur son caractère présidentiable. Il a réussi à marquer sa différence avec Obama sur certains points, et a reconnu certaines réussites politiques de son rival, probablement dans une tentative pour se montrer modéré et pour convaincre les centristes ou les indécis. Sa principale accusation contre Obama portait sur le thème d'un leadership faible (lui reprochant une "tournée des excuses" à travers le monde). Romney a notamment appelé à isoler l'Iran plutôt qu'à l'engager dans un dialogue politique, évoquant la guerre comme dernier recours, accusant Obama de renforcer les ennemis de l'Amérique et de déstabiliser ses alliés (notamment Israël). Les solutions proposées par l'administration démocrate à des problèmes complexes ont enfin été jugées lacunaires ("vous ne pouvez pas vous contenter de tuer [Ben Laden] pour éliminer la menace du terrorisme", ou encore, sur la nécessité de prendre des mesures d'urgence en Syrie).

Si les partisans d'Obama semblent ravis de ses attaques dures contre le candidat républicain, il est encore difficile de savoir si un plus vaste électorat considère cette virulence comme d'un niveau présidentiel. Signe de confiance en soi du candidat Obama, ou posture d'un homme craignant pour sa réélection ? Autre question : les électeurs vont-ils rejeter Romney et sa volonté d'augmenter les dépenses de défense, ou écouter ses remises en cause de la politique étrangère sortante ? Sur ce terrain de la politique étrangère, Romney peut-il convaincre un grand public surtout préoccupé par l'économie, qu'il faut une alternative à la gestion d'Obama ?

Si la politique étrangère n'est pas centrale dans l'élection, la question de la légitimité présidentielle l'est totalement. Tout candidat doit passer ce fameux test du commander-in-chief auprès des électeurs, et les convaincre qu'il est capable de diriger les forces armées et les armes nucléaires du pays quelque soit les différences qu'il pourrait avoir avec son adversaire dans sa vision du monde. Cette nuit, aucun des deux hommes ne s'est disqualifié sur ce terrain.

Amy Greene est aussi l'auteure de L'Amérique Après Obama (Autrement, 2012, 183 p., 18 euros), auteure du blog Potusphere.

Amy Greene, chargée de mission à Sciences Po et spécialiste des Etats-Unis
Source : Le monde


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