Alain Giresse n'a pas caché son exaspération après la décision du jury d’appel de la Confédération africaine de football d'accorder la victoire de la CAN 2025 au Maroc sur tapis vert. "Amoureux du football africain", l'ancien sélectionneur du Sénégal ou du Mali fustige l'attitude des dirigeants africains, alors qu'il rappelle le contexte si particulier de cette finale à Rabat.
Ce mardi, soit deux mois après une finale chaotique, le jury d'appel de la Confédération africaine de football a décidé de retirer le titre gagné par le Sénégal en Coupe d'Afrique des nations pour l'attribuer au Maroc. Quelle a été votre première réaction ?
Alain Giresse : J'ai été surpris forcément. Le délai qu'il a fallu pour arriver à cette décision, vous imaginez ? Et puis, je trouve cela scandaleux. C'est dur, ça remet beaucoup de choses en cause. D'accord, il y a le règlement, oui les joueurs sénégalais ont quitté le terrain mais après il y a le contexte. Et il faut se rappeler de tout ce qu'il pouvait y avoir, l'histoire de la serviette et plein de paramètres qui font qu'à un moment donné le bon sens fait qu'on ne peut pas rester bêtement sur le règlement. Il y avait des circonstances, et des circonstances atténuantes. Le match a pu se terminer, les Sénégalais sont revenus, ils ont joué, et ils ont gagné sur le terrain. Et au final, on leur enlève tout ça. Mais est-ce qu'on a vu une finale qui s'est déroulée dans les conditions normales ?
Dans toute cette histoire ubuesque, qu'est-ce qui vous choque le plus : le timing ou la décision ?
A.G. : Tout ça n'est pas cohérent. Là, on cible le Sénégal. Ce serait les Sénégalais qui auraient tout foutu en l'air ? Je ne suis pas d'accord sur cette façon de voir les choses et de les punir. En plus, ils avaient déjà pris des mesures. (…) Il y avait aussi ce pauvre arbitre qui s'est retrouvé seul face à une situation lunaire, avec le président de la FIFA, le grand Manitou, qui était là, et qui n'a même pas pu dire à son collègue qu'il faudrait envoyer le délégué du match… C'est pour ça que je trouve ça totalement anormal et injuste par rapport à tout ce qui s'est passé dans cette finale. (…) Rien que l'histoire des serviettes. Comment voulez-vous qu'on joue sereinement, avec cela ? On marche sur la tête. Et personne ne s'est préoccupé de ça pendant le match. Vous imaginez la tension que ça peut amener à l'équipe ? Il y avait de quoi péter un câble de la part du Sénégal. On ne peut plus jouer au football.
Forcément, cela va aussi faire jaser sur le Maroc, alors qu'il y avait déjà beaucoup de rumeurs pendant la compétition sur le fait que tout était fait pour que le pays hôte remporte cette CAN…
A.G. : On dit toujours que les pays hôtes sont avantagés. Mais le problème, c'est aussi l'arbitrage. Face à des situations, certains ont du mal à gérer la pression que représente le fait d'arbitrer le pays organisateur. C'est un fait. Alors après, le Maroc, par vexation, a aussi refusé d'organiser la Coupe d'Afrique féminine. Jusqu'à quel point, on a voulu rattraper le coup pour le Maroc ? Moi, je pense que ça vient aussi d'en haut et que Gianni Infantino (ndlr : président de la FIFA) n'est pas innocent à tout cela. Selon moi, il est intervenu pour ça. Mais, alors pourquoi tout d'un coup permettre à l'un plus qu'à l'autre ?
Il y a aussi l'image que cette décision renvoie du football africain sachant qu'il y avait l'envie d'utiliser cette CAN organisée au Maroc pour montrer que l'Afrique pouvait organiser une compétition d'un haut standing...
A.G. : Ça, ça m'attriste. Je connais l'Afrique et comment les gens vivent à travers le football. C'est vraiment quelque chose qui est important pour eux. (…) Et pour ça, c'est triste, parce qu'effectivement, ça progresse. Et maintenant, aux yeux du monde, on va dire que l'Afrique, c'est du n'importe quoi. Mais il faut le mettre au niveau des dirigeants. C'est eux (ndlr : les responsables).
Aujourd'hui, tout le monde est perdant, le Sénégal mais aussi le Maroc.
A.G. : Clairement. Mais là, ils vont avoir du mal à aller chercher la Coupe (ndlr : au Sénégal). Ça, c'est clair. Et les Sénégalais auront raison…
Par Glenn Ceillier pour Eurosport

