Crise de cash/ banques primaires : 458 milliards demandés, 70 milliards servis, le système est asphyxié.

Lexpress Guinée
Feb 27, 2026

Les chiffres sont accablants. Ils ne viennent pas d’une rumeur de marché, mais d’un document interne de la Banque Centrale de la République de Guinée couvrant la période du 20 au 26 février , une semaine de fin de mois, en plein Ramadan, période de forte circulation monétaire. Selon ce document interne de la Banque Centrale de la République de Guinée que nous possédons , le besoin minimal hebdomadaire exprimé par les 19 banques primaires du pays s’élève à 458 milliards GNF. La Banque centrale indique toutefois qu’elle ne peut mobiliser que 70 milliards GNF, soit à peine 15 % des besoins formulés. Ce n’est plus une tension. C’est une asphyxie organisée. Comment les banques commerciales peuvent-elles servir leurs clients si on leur ferme l’accès à leurs propres liquidités ? . On plafonne les retraits, on rationne le cash, on laisse les guichets se vider… puis on accuse les banques. Les exemples sont édifiants Ecobank Guinée a exprimé un besoin hebdomadaire de 60 milliards GNF ; la Banque centrale ne lui a alloué que 8 milliards. Afriland First Bank Guinée a sollicité 25 milliards GNF ; seulement 2 milliards lui ont été accordés. First Bank Guinée a demandé 45 milliards GNF ; l’allocation s’est limitée à 5 milliards. United Bank for Africa Guinée (UBA) a formulé un besoin de 25 milliards GNF ; 6 milliards lui ont été proposés. Banque Sahélo-Saharienne pour l’Investissement et le Commerce Guinée (BSIC) a requis 20 milliards GNF ; 3 milliards lui ont été attribués. Ces écarts illustrent l’ampleur du déficit de liquidité auquel le système bancaire est actuellement confronté. Ce n’est pas un dysfonctionnement technique. C’est un blocage systémique. Pendant ce temps, le marché parallèle du cash prospère. Le franc guinéen se déprécie face au dollar et à l’euro. Les prix augmentent. L’inflation réelle ronge les ménages. Les entreprises minières et commerciales peinent à assurer leurs paiements en espèces dans une économie où le cash reste dominant. La mission d’une banque centrale est claire : garantir la stabilité monétaire et la liquidité du système financier. Or aujourd’hui, la politique restrictive menée par la BCRG étouffe l’économie au lieu de la sécuriser. Être incapable de satisfaire 85 % des besoins de liquidité du système bancaire en période de forte demande, c’est prendre le risque de fragiliser tout l’édifice économique. Cette crise de cash n’est plus conjoncturelle. Elle est structurelle. Et tant que la gouvernance monétaire ne sera pas réajustée, la pénurie continuera, le marché noir s’élargira, et la confiance restera en fuite. La vérité est simple une économie peut survivre à un choc. Elle ne survit pas à l’étouffement prolongé. Abdoul latif Diallo Journaliste d’investigation Très très indépendant