Avec la fin de la période d'exception, il devient impératif de rappeler aux hauts cadres les principes de l'État de droit et de la gouvernance républicaine, car le passage d'un système à un autre n'est pas toujours immédiatement compris ou intégré par tous.
Lors du dernier conseil des ministres, au cours duquel le Premier ministre Amadou Oury Bah a présenté sa démission ainsi que celle de son gouvernement, le compte rendu a évoqué un point qui n'aurait pas dû y figurer. Il y est mentionné que le Président de la République aurait confié au Premier ministre sortant la mission de développer la mouvance politique "La Génération pour la Modernité et le Développement" (GMD) en vue de la mise en œuvre progressive de ses composantes pour les prochaines élections, notamment législatives.
Cette mention constitue une confusion institutionnelle. Dès l’instant où Mamadi Doumbouya a prêté serment comme Président de la République, il cesse toute activité au sein d'un parti ou d'une organisation politique, et le Conseil des ministres n'est pas l'instance appropriée pour discuter du fonctionnement interne d'une formation politique.
Si cette erreur peut être comprise comme un résidu du passage d'un système à un autre, elle révèle néanmoins la nécessité d'inculquer clairement ces notions de gouvernance républicaine, afin d'éviter que des fonctions publiques soient interprétées comme des prolongements d’intérêts partisans. L’avenir exige que chaque acteur comprenne que la légitimité et la crédibilité des institutions reposent sur la distinction entre responsabilités étatiques et activités politiques, sur le respect des prérogatives et sur la rigueur dans l’exercice du pouvoir, car sans cette clarté, la continuité républicaine reste fragile et vulnérable…
Abdoulaye Sankara

