Ce mercredi 12 juin 2024, lors d'une longue et interminable logorrhée verbale à la fois émouvante, révoltante et ennuyeuse, Maître Jocamey Haba, avocat du capitaine Moussa Dadis Camara, s'est employé par tous les moyens à défendre son client lors de la séance des plaidoiries. En dehors de son client qu'il juge immaculé, tout le monde est passé sous les fourches acérées de son hostilité d'une rare violence linguistique qu'on ne lui connaissait a priori auparavant pas : les victimes du 28 septembre 2009, les opposants "parfois moralement malsains et intellectuellement constipés" (Sic !) qui ont organisé la manifestation et surtout le professeur Alpha Condé, le Général Sékouba Konaté, les procureurs, même le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) et son Premier ministre actuel Amadou Oury Bah en ont eu pour leur compte...
On a ainsi su, puisque l'on se posait la question au début de ce procès fort retentissant retransmis en mondovision, qui a conseillé la mauvaise défense à Moussa Dadis Camara consistant à déverser toute la responsabilité des événements du 28 septembre 2009 sur le professeur Alpha Condé qui n'était même pas en Guinée au moment des faits. Un alibi qui ne compte pas pour cet avocat qui estime que cette manifestation a permis à Alpha Condé d'accéder plus tard au pouvoir par la complicité du Général Sékouba Konaté alors président de la Transition lors de l'élection présidentielle de 2010. Rien que ça ! A l'écouter, c'est le même but de la conquête du pouvoir qui aurait motivé les autres opposants à organiser cette sanglante manifestation. Ainsi donc, les victimes seraient également allées volontairement se faire massacrer dans un stade afin que leurs leaders accèdent au pouvoir d'État. Mon Dieu ! Cet afro-avocat en a dit des bonnes lors de ses diatribes acerbes qu'il a appelé plaidoirie. Souhaitant, ni plus ni moins, qu'un destin funeste aux procureurs qui ont chargé son client au cours des débats et lors des réquisitions, il a rappelé le cas de ce procureur révolutionnaire, Fouquier-Tinville, qui a été guillotiné après la Révolution française. Avait-il sincèrement besoin de faire un tel rappel alors qu'il plaide pour éviter ce sinistre sort ou à tout le moins la perpétuité à son client ?
Quant au CNRD du Général Mamadi Doumbouya qui a permis la tenue de ce procès que tous les Guinéens, même son client, appelaient de leurs vœux, celui-ci aurait organisé ce jugement pour en tirer une sympathie électorale de la Région Forestière (ce sont ses mots) en graciant le capitaine Moussa Dadis Camara en cas de condamnation. Ce qui, selon lui, ne serait pas une amnistie puisque son client compte briguer la magistrature suprême de la Guinée en cas de futures élections. Il demande d'ailleurs, plutôt il exige le pardon du peuple de Guinée pour son client injustement accusé et humilié...
En passant, Maître Haba a égratigné le Premier ministre actuel, Bah Oury, alors organisateur de la manifestation du 28 septembre 2009, quand il affirme que "celui-là qui a créé toute la merde dans les dix mois de la transition du CNDD est entrain de faire campagne pour que la transition de 3 ans soit prolongée..."
Si par moments, au cours de sa plaidoirie, Maître Jocamey Haba a suscité au sein de l'auditoire de la compassion pour son client, il a automatiquement après transformé ce sentiment en aversion par les différents paradoxes qu'il a développés lors de son intervention. Dans sa plaidoirie, les rôles ont été inversés, les victimes sont devenues des coupables, les coupables des victimes. Une plaidoirie qui est loin de plaider en faveur de son client. Il est à espérer que le tribunal quand il se retirera pour délibérer ne mettra pas certaines de ses déclarations assez fortes au compte du capitaine Moussa Dadis Camara. S'il est vrai qu'en matière pénale la responsabilité est individuelle, alors la responsabilité des déclarations devrait également être individuelle même si elles viennent de la défense. Et dans le cas précis devrait être mise au compte de cet avocat assez étrange dans sa défense et qui estime que "Dadis est jugé parce que des politiciens, des frustrés, des déchus ont voulu le salir..." !
Par Abdoulaye Sankara

