En ce dimanche matin au bord de l’Atlantique, à Dakar, le temps semble calme, presque paisible. Pourtant, derrière ce calme apparent, les pensées sont nombreuses. Comme souvent le week-end, l’esprit s’arrête un instant pour observer le monde, réfléchir et partager quelques mots. C’est dans cet état d’esprit que je m’incline humblement devant celles et ceux qui acceptent de lire ces lignes.
Je ne suis pas écrivain de formation. Je suis d’abord ingénieur, un homme habitué aux chiffres, aux évaluations, aux raisonnements quantitatifs. Mon métier m’a appris à mesurer, à analyser et à organiser. Mais avec le temps, l’apprentissage de l’écriture est devenu pour moi une autre manière de comprendre le monde et de dialoguer avec les autres. Écrire permet parfois de dire ce que les tableaux et les équations ne peuvent pas exprimer.
Ce week-end encore, trois événements m’inspirent et m’interpellent. Deux sont des anniversaires qui concernent l’humanité et notre région ouest-africaine. Le troisième est une tragédie humaine qui se déroule quelque part dans le monde et qui rappelle que notre planète reste fragile et souvent injuste.
Tout d’abord, ce 8 mars, l’humanité célèbre la Journée internationale des droits des femmes, un moment important pour reconnaître la place fondamentale des femmes dans nos sociétés. Depuis des décennies, cette journée est consacrée à la réflexion, au respect et à la reconnaissance des droits des femmes. Elle rappelle que les femmes ne sont pas seulement des mères, des épouses ou des filles, mais aussi des actrices essentielles de la vie sociale, économique et politique.
Au commencement de l’humanité, c’est la femme qui porte la vie. C’est elle qui met l’enfant au monde, qui protège, qui nourrit et qui éduque. Dans toutes les cultures, la femme est au cœur de la famille et du développement des sociétés. C’est pourquoi cette journée est un moment de gratitude et de reconnaissance.
Mais cette année encore, cette célébration se déroule dans un contexte mondial difficile. Dans certaines régions du monde, des milliers de personnes vivent dans la peur, la violence et l’exil. Des familles entières sont contraintes de fuir leurs maisons. Des femmes, des enfants et des vieillards sont les premières victimes de ces crises. Cette réalité rend la célébration du 8 mars plus douloureuse, car elle rappelle que les droits humains restent fragiles.
Dans la même période, les croyants musulmans et chrétiens observent également des périodes de jeûne et de prière. Ces moments spirituels sont censés rappeler la patience, la solidarité et la compassion envers les plus faibles. Ils nous invitent à regarder les souffrances des autres et à agir avec plus d’humanité.
C’est donc avec une grande émotion que je souhaite, à mon niveau, rendre un hommage particulier aux femmes qui ont marqué ma vie. Je pense d’abord à ma mère, Thierno Hadja Banta, rappelée à Dieu il y a quelques semaines seulement. Une mère reste une lumière dans la vie d’un enfant, même lorsqu’elle n’est plus physiquement présente.
Je pense également à mon épouse, Hadja … Dow Saare, qui partage les joies et les difficultés du quotidien, ainsi qu’à mes filles et à mes sœurs. À travers elles, je rends hommage à toutes les femmes de la planète. Elles méritent respect, considération et protection. Pourtant, dans certaines régions du monde aujourd’hui, des femmes sont humiliées, chassées, violentées ou privées de leurs droits les plus élémentaires.
Alors que leur rôle devrait être de préparer la vie, d’apporter la douceur du foyer et de participer pleinement au développement de la société, elles se retrouvent parfois victimes d’injustices profondes. C’est une contradiction que notre monde doit avoir le courage de corriger.
Le mois de mars évoque également pour moi deux moments importants de l’histoire de l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest. Ces événements remontent aux années 1968 et 1972, à une époque où les jeunes États africains, récemment indépendants, cherchaient les moyens de construire leur avenir.
En mars 1968, au cœur du Fouta Djallon, souvent appelé le château d’eau de l’Afrique de l’Ouest, quatre chefs d’État africains ont posé un acte visionnaire. À cette époque, leurs pays vivaient les premières années des indépendances, une période d’espoir et de construction. L’écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma avait d’ailleurs parlé avec talent des « soleils des indépendances » pour décrire cette époque pleine d’espoir mais aussi de défis.
À Labé, en Guinée, quatre dirigeants se sont réunis pour jeter les bases d’une coopération autour d’une ressource essentielle : l’eau du fleuve Sénégal. Ce fleuve, long d’environ 1800 kilomètres, traverse plusieurs pays et constitue une source de vie pour des millions de personnes.
Les chefs d’État Léopold Sédar Senghor du Sénégal, Modibo Keïta du Mali et Moktar Ould Daddah de Mauritanie furent accueillis par le président guinéen Ahmed Sékou Touré. Ensemble, ils créèrent l’Organisation des États Riverains du Fleuve Sénégal, une structure destinée à organiser la coopération autour de cette ressource commune.
Cette initiative était remarquable pour l’époque. Au lieu de se disputer l’eau du fleuve, ces dirigeants avaient choisi de coopérer et de partager. Ils comprenaient déjà que certaines ressources naturelles doivent être gérées collectivement pour éviter les conflits et favoriser le développement.
Quelques années plus tard, en 1972, un autre pas important fut franchi. À Nouakchott, le Sénégal, le Mali et la Mauritanie décidèrent de créer une organisation plus structurée : l’Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve Sénégal, plus connue sous le nom de Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal.
Cette organisation constitue aujourd’hui un exemple remarquable d’intégration régionale en Afrique. Elle a permis la construction de barrages, le développement de l’agriculture, la production d’énergie et l’amélioration des conditions de vie des populations du bassin du fleuve Sénégal.
La Guinée, où prend naissance le fleuve, a rejoint cette organisation en 2006, renforçant encore la coopération entre les pays concernés.
Grâce à la vision des pères fondateurs et à leur esprit panafricain, cette ressource en eau est aujourd’hui utilisée pour plusieurs activités essentielles : l’agriculture, la pêche, l’élevage et la production d’électricité. Dans beaucoup d’autres régions du monde, l’eau est devenue une source de conflits entre États. Dans le bassin du fleuve Sénégal, elle est au contraire un facteur de coopération et de paix.
Cette expérience prouve qu’il est possible de gérer intelligemment les ressources naturelles. Comme l’avait expliqué l’économiste et ancien Premier ministre français Raymond Barre, gouverner consiste souvent à administrer des ressources rares pour satisfaire des besoins qui semblent illimités. Dans le cas du fleuve Sénégal, cette gestion collective reste une réussite qui mérite d’être saluée.
Mais pendant que certaines régions du monde réussissent à construire la coopération, d’autres vivent malheureusement des drames humains. Au cours de ce même mois de mars, une tragédie se déroule au Moyen-Orient sous les yeux du monde entier.
Les grandes puissances disposent des moyens technologiques et financiers pour mener des guerres, mais elles peinent souvent à trouver les solutions nécessaires pour construire la paix. Pourtant, la paix est indispensable au développement. Sans paix, il n’y a ni prospérité durable, ni stabilité sociale.
Le président ivoirien Félix Houphouët?Boigny avait un jour rappelé que la paix n’est pas seulement un mot, mais un comportement. Cette idée simple résume une grande vérité : la paix dépend avant tout de la volonté des hommes.
Cette réflexion a également inspiré plusieurs artistes africains. Le chanteur ivoirien Alpha Blondy a souvent repris ce message dans ses chansons de reggae, rappelant que la paix est un choix et une responsabilité collective.
La tragédie humaine qui se déroule aujourd’hui dans certaines régions du Moyen-Orient risque malheureusement d’entraîner d’autres conséquences. Derrière les crises humaines apparaissent souvent des crises économiques. Parmi les ressources stratégiques les plus sensibles figure le pétrole, une richesse dont dépend encore une grande partie de l’économie mondiale.
Les tensions autour de cette ressource peuvent provoquer des bouleversements économiques importants. Le monde moderne repose encore largement sur l’énergie fossile, et toute perturbation dans ce secteur peut affecter les marchés, les prix et la stabilité de nombreux pays.
Face à ces réalités, une question mérite d’être posée. Dans la célèbre pyramide des besoins élaborée par le psychologue Abraham Maslow, à quel niveau placerait-on un homme extrêmement riche et puissant, capable d’influencer le destin de nations entières ? Que penser d’un dirigeant qui pourrait renverser des présidents, les emprisonner ou même décider de leur sort ?
Ces interrogations montrent que le pouvoir et la richesse ne suffisent pas à garantir la sagesse. Le monde actuel doit se demander quel héritage il laissera aux générations futures.
Les défis du développement durable sont déjà immenses. Les catastrophes naturelles se multiplient, les inégalités persistent et les ressources de la planète sont sous pression. Si à ces difficultés s’ajoutent des conflits et des tragédies humaines, l’avenir risque de devenir encore plus incertain.
Pourtant, l’humanité possède aussi des raisons d’espérer. Dans notre histoire, certains hommes et certaines femmes ont choisi de privilégier la connaissance, la science et la coopération plutôt que la domination et la recherche excessive de richesse.
Ces héritages montrent que l’humanité est capable du meilleur comme du pire.
C’est pourquoi, en conclusion de ces réflexions d’un dimanche au bord de l’Atlantique, je formule un simple souhait. Que Dieu, le Tout-Puissant et Miséricordieux, apaise les cœurs et les esprits de ceux qui sont à l’origine des conflits actuels. Que la sagesse l’emporte sur la violence et que la paix retrouve sa place dans les relations entre les peuples.
Car au-delà des différences de cultures, de religions et de nations, nous partageons tous la même planète et le même avenir.
Abdoulaye SALL
Expert – Consultant – Formateur
boleyasaala@gmail.com

