Lettre ouverte au Général Mamadi Doumbouya, Président de la Transition en République de Guinée
Excellence Monsieur le Président,
Le 5 septembre 2021, dans un contexte d’espoir renouvelé, vous vous adressiez au peuple de Guinée avec des mots porteurs d’espoir, de justice et de renouveau. Vous promettiez de restaurer l’unité nationale, d’éradiquer la corruption, de mettre fin aux injustices, et de bâtir une Guinée fondée sur la démocratie et le respect des droits humains.
Trois ans plus tard, il est douloureux de constater que ces engagements semblent aujourd’hui relégués au second plan. Les préoccupations de vos concitoyens se sont multipliées, et les constats sont alarmants :
1 - Les droits humains : Les prisons débordent de détenus politiques, et nombre de vos compatriotes sont contraints à l’exil. La justice, que vous aviez juré de rendre accessible et impartiale, est perçue comme une arme de répression, et non comme un pilier de l’État de droit.
2 - Les libertés fondamentales : Les médias indépendants, essentiels pour une démocratie vivante, sont muselés. Les voix dissidentes, loin d’être écoutées, sont réduites au silence par des méthodes inacceptables dans une République.
3 - La corruption et la gouvernance : L’exigence de transparence, notamment par la déclaration des biens de vos collaborateurs, reste lettre morte. La gestion opaque des affaires publiques inquiète, car elle trahit vos promesses de rupture avec les pratiques du passé.
4 - Les principes de la transition : Les récents débats sur une possible candidature de votre part aux élections à venir heurtent profondément les Guinéens. Le serment que vous avez fait le 5 septembre 2021, celui de ne pas vous accrocher au pouvoir, est un engagement que le peuple attend de voir honoré.
Monsieur le Président, à quoi aura servi ce coup d’État si le quotidien des Guinéens reste marqué par la peur, l’injustice et le doute ? Où est l’espoir que votre discours avait fait naître, cet espoir d’une Guinée unie, équitable et prospère ?
Aujourd’hui, le peuple attend de vous des actes concrets :
1. La libération des prisonniers politiques et le respect des droits fondamentaux.
2. La réouverture des médias indépendants et la fin des persécutions.
3. Une justice réformée et indépendante.
4. La transparence dans la gestion de l’État, notamment par la déclaration des biens des membres du gouvernement.
5. Une assurance claire et sans ambiguïté que vous tiendrez votre promesse de ne pas briguer le pouvoir.
Vous avez dit, ce jour-là, que l’armée ne veut pas rester au pouvoir. Tenez votre parole. Redonnez au peuple sa souveraineté en respectant vos engagements. L’histoire de la Guinée sera sévère envers ceux qui trahissent ses aspirations profondes.
Monsieur le Président, il n’est pas trop tard pour rectifier le tir. L’héritage que vous laisserez dépend de votre capacité à rester fidèle à vos promesses et à écrire une page de l’histoire nationale qui ne soit pas marquée par la désillusion.
Que vive la Guinée, une et indivisible !
Le peuple de Guinée.
Par Ibrahima Sory KEITA

