19/2/2026
Son engagement a été le fil conducteur de toute sa vie. Leïla Shahid a incarné pendant des décennies une diplomatie palestinienne tournée vers le dialogue, la reconnaissance et la recherche d’une paix juste. Connue pour sa parole claire et son calme face aux crises, elle a su imposer une présence palestinienne forte dans les capitales européennes à une époque où cette voix était encore trop peu entendue.
Très tôt, elle a été liée aux grandes figures politiques palestiniennes. Elle a travaillé aux côtés de Yasser Arafat, chef historique de l’Organisation de libération de la Palestine, et de feu Saeb Erekat, négociateur clé du processus de paix. Avec eux, elle partageait une même conviction, celle que la cause palestinienne devait être défendue sur la scène internationale par la diplomatie, le droit et la parole politique, et non seulement par le rapport de force.
Leïla Shahid est décédée le mercredi 18 février. L’annonce a été faite par sa sœur Zeina Shahid. Elle avait 76 ans et souffrait depuis plusieurs années d’une grave maladie. Elle vivait dans le sud de la France, dans le Gard. Les autorités ont ouvert une enquête afin d’éclaircir les circonstances de son décès, comme cela se fait habituellement dans ce type de situation. Sa disparition a suscité une vive émotion dans les milieux diplomatiques, politiques et associatifs.
Entre 1994 et 2005, Leïla Shahid a occupé le poste de déléguée générale de l’Autorité palestinienne en France. Cette période correspond à un moment clé de l’histoire palestinienne, marqué par les espoirs nés des Accords d’Oslo. Son rôle a alors été essentiel pour expliquer ces accords, défendre leur esprit et tenter de convaincre les partenaires européens de soutenir une solution politique fondée sur deux États vivant côte à côte en paix et en sécurité.
À Paris, elle est devenue une figure médiatique respectée. Présente dans les débats publics, à la télévision comme dans la presse écrite, elle répondait toujours avec fermeté mais sans agressivité. Elle savait traduire des dossiers complexes en messages accessibles, ce qui lui a permis de toucher un large public au-delà des cercles diplomatiques. Son style direct, parfois critique, mais toujours argumenté, lui a valu autant d’admiration que d’opposition.
Après son mandat en France, elle a poursuivi son action à Bruxelles pendant une dizaine d’années. Là encore, elle a travaillé à renforcer les relations entre les institutions européennes et l’Autorité palestinienne. Elle insistait sur la nécessité pour l’Europe de jouer un rôle politique actif et indépendant, capable de défendre le droit international et de protéger les populations civiles. Pour elle, la paix ne pouvait exister sans justice ni reconnaissance mutuelle.
Née en 1949 au Liban, Leïla Shahid a grandi dans un contexte régional marqué par les conflits et l’exil. Elle a effectué ses études secondaires au Liban avant d’obtenir une licence d’anthropologie à l’Université américaine de Beyrouth. Cette formation a profondément influencé sa manière de penser la politique. Elle s’intéressait aux sociétés, aux cultures et aux récits humains, convaincue que comprendre l’autre était une condition essentielle pour résoudre les conflits.
Elle a été la première femme à représenter l’OLP à l’étranger, un symbole fort dans un monde diplomatique longtemps dominé par les hommes. Elle a commencé sa carrière en Irlande à la fin des années 1980, puis aux Pays-Bas. Dès cette époque, elle faisait partie des premiers responsables palestiniens à établir des contacts avec des Israéliens favorables à la paix. Ces échanges visaient à construire des ponts là où les murs semblaient infranchissables.
Mariée à un écrivain marocain, Leïla Shahid était aussi une femme de culture. Elle croyait au rôle des intellectuels, des artistes et des citoyens dans la construction de la paix. Pour elle, la diplomatie ne se limitait pas aux réunions officielles mais passait aussi par la parole, l’éducation et la transmission de la mémoire.
À l’annonce de sa mort, de nombreux hommages ont été rendus. L’actuelle ambassadrice de la Palestine en France a salué une ambassadrice iconique et rappelé l’immense perte que représente sa disparition pour la Palestine et pour tous ceux qui croient en la justice. Au-delà des fonctions qu’elle a occupées, Leïla Shahid laisse l’image d’une femme engagée, libre dans sa parole, fidèle à ses principes et profondément humaine.
Son parcours restera comme celui d’une diplomate qui a su porter la voix d’un peuple avec dignité et constance. Dans un monde marqué par les conflits et les fractures, elle a rappelé sans relâche que le dialogue et le respect du droit restent des chemins possibles, même lorsqu’ils semblent fragiles.
Aboubacar SAKHO
Expert en Communication |