22/2/2026
À en croire le vice-président de l’Union des forces républicaines (UFR), Bakary Goyo Zoumanigui, son parti participera aux élections législatives prévues le 24 mai prochain. Cette annonce tranche avec l’attitude observée lors de la présidentielle du 28 décembre 2025, à laquelle la formation dirigée par Sidya Touré n’avait pas pris part. Ou du moins n'avait pas présenté de candidat.
L’UFR avait-elle alors à l'époque respecté le mot d’ordre de boycott lancé par les Forces vives de Guinée dont le parti est ou était membre ? Curieusement, le même Bakary Goyo Zoumanigui affirme aujourd’hui que le boycott n’a jamais figuré dans l’agenda du parti, déclarant publiquement que l’UFR n’est pas de ceux qui souhaitent boycotter quoi que ce soit et qu’elle se tient toujours prête à aller aux élections.
Cette prise de position rétrospective appelle un examen rigoureux. Si le boycott n’a jamais été une ligne assumée par l’UFR, comment expliquer son absence à la présidentielle ? Faut-il en conclure qu’aucune candidature crédible n’avait pu émerger pour affronter celle de Mamadi Doumbouya, d’autant plus que Sidya Touré lui-même ne figurait pas sur la liste électorale ? L’hypothèse d’une incapacité organisationnelle ou stratégique devient alors plus plausible que celle d’un engagement loyal dans une dynamique de boycott collectif.
Il convient également de rappeler que l’UFR a longtemps entretenu un flou persistant quant à la nature de ses relations avec le défunt CNRD. Lors de la présidentielle de décembre, une faction du parti avait invité les militants à voter pour le candidat de leur choix, soutenant déjà que l’UFR ne souscrivait pas à la logique du boycott. Une autre composante s’était empressée de démentir cet appel, révélant au grand jour des divergences internes profondes.
La déclaration ce 21 décembre du vice-président Goyo Zoumanigui tend à confirmer que l’appel à voter avait bel et bien existé. Dans le contexte politique guinéen, appeler à voter librement revenait, implicitement, à voter pour le candidat Mamadi Doumbouya. Et c'est peut-être ce que les militants ont fait ce 28 décembre 2025. Le directeur de cabinet de Sidya Touré, Mohamed Tall, lui, en tout cas, a voté pour le candidat de son choix ce jour-là ...
Dès lors, la participation annoncée aux législatives ne constitue pas une rupture, mais l’aboutissement logique d’une orientation déjà perceptible. Elle soulève néanmoins une interrogation fondamentale sur l’appartenance réelle de l’UFR aux Forces vives de Guinée. Car, peut-on continuer à revendiquer une solidarité d’alliance lorsque les choix stratégiques divergent à ce point sur des échéances électorales déterminantes ?
L’alliance, qui regroupait l’UFR, le RPG/Arc-en-ciel, l’UFDG et le regroupement des partis et mouvements satellites de cette dernière appélé ANAD, apparaît aujourd’hui profondément fragilisée, sinon dissoute de fait. Tandis que l’UFDG et le RPG/Arc-en-ciel demeurent suspendus d’activités par le ministère de l’Administration du territoire, l’UFR ne fait plus l’objet de la même mesure. Elle se trouve ainsi juridiquement en capacité de concourir aux législatives, contrairement à ses anciens partenaires, dont la participation reste incertaine.
Dans ce contexte, la question n’est plus de savoir si l’UFR quitte les Forces vives. Les faits parlent d’eux-mêmes. Humainement, certains y verront une forme de désolidarisation discutable. Politiquement, d’autres y liront un calcul rationnel visant à préserver une présence institutionnelle et à éviter la marginalisation. La politique, on le sait, privilégie souvent l’efficacité stratégique à la fidélité sentimentale.
L’UFR a apparemment donc choisi la voie du pragmatisme électoral au détriment de la cohérence collective. Ce choix peut être jugé sévèrement au regard des engagements d’alliance passés. Il peut aussi être compris comme une adaptation aux réalités d’un rapport de forces mouvant. En définitive, la scène politique guinéenne confirme une fois de plus que les alliances y sont moins des pactes indéfectibles que des instruments circonstanciels au service d’intérêts stratégiques.
Abdoulaye Sankara |