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Le Niger, le Mali et le Burkina Faso quittent la CEDEAO, quelles conséquences pour la région ?

2/2/2024

 

Le Niger, le Mali et le Burkina Faso, trois pays de l’Afrique de l’Ouest dirigés par des militaires arrivés au pouvoir après des coups d’Etat, ont annoncé dimanche dernier leur retrait de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Cette décision est consécutive aux relations conflictuelles entre ces trois pays et l’organisation sous régionale depuis l’évènement des coups d’Etat.


Ce retrait était prévisible, à en croire de nombreux analystes, vu les tensions qui se sont créées entre l’institution communautaire et les trois pays à qui elle a infligé des sanctions pour protester contre les coups d’Etat.


« Ce n’est pas un saut dans l’inconnu. C’est un cas prévisible », indique Dr Christian Spieker, homme politique togolais, notaire et président du mouvement « Germany is Back ».


Détérioration des relations entre les 3 pays et la CEDEAO


A l’origine de ces tensions, les coups d’Etat intervenus dans ces trois pays et les sanctions décidées par la CEDEAO, soutenue par la France et les Etats-Unis. L’organisation a ordonné le rétablissement de l’ordre constitutionnel dans ces pays à chaque coup d’Etat. Une injonction à laquelle les militaires au pouvoir ont refusé d’obéir.


Contre le Mali, la CEDEAO a décidé, en août 2020, de la fermeture de ses frontières aériennes et terrestres et imposé un embargo sur les échanges financiers et commerciaux, à l’exception des produits de première nécessité.


Le Burkina Faso, quant à lui, a été suspendu des instances de l’organisation.


En plus de l’interdiction de voyager aux militaires auteurs du coup d’Etat, des sanctions économiques ont coupé le Niger de bon nombre de ses partenaires commerciaux traditionnels, ce qui a aggravé l’insécurité alimentaire dans le pays.


L’institution sous régionale avait organisé plusieurs sommets extraordinaires au cours desquels d’importantes décisions ont été prises pour amener les nouvelles autorités militaires à la tête de ces pays à instaurer l’ordre constitutionnel.


Des missions ont été dépêchées dans ces pays pour négocier avec les putschistes. Ces derniers ont à plusieurs reprises demandé à l’organisation de faire lever les « sanctions illégales et illégitimes » décidées contre eux. Mais rien n’est fait, même si la CEDEAO a, à un moment donné, allégé les sanctions, notamment contre le Mali.


Ces tensions entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso et la CEDEAO ont connu un autre rebondissement la semaine dernière avec une mission de l’organisation qui a manqué sa présence dans la capitale nigérienne. Une situation qui a amené le Premier ministre Mahaman Lamine Zeine à qualifier l’institution d’être de « mauvaise foi ». Etait-ce la goutte de trop ?


Raison du retrait


Les relations tendues entre la CEDEAO et les trois pays ont conduit ces derniers à créer l’Alliance des Etats du Sahel (AES) qui prévoit de créer sa propre monnaie.


Ce dimanche, les autorités militaires à la tête de ces pays sont allés plus loin. Ils ont annoncé leur retrait de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest sans délai.


« Leurs excellences le Capitaine Ibrahim Traoré, le Colonel Assimi Goita et le Général de brigade Abdourahamane Tiani, respectivement Chefs d'État de la République du Burkina Faso, de la République du Mali et de la République du Niger, prenant toutes leurs responsabilités devant l'histoire et répondant aux attentes, préoccupations et aspirations de leurs populations, décident en toute souveraineté du retrait sans délai du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'ouest », lit-on dans le communiqué sanctionnant leur rencontre.


Le Niger, le Mali et le Burkina Faso estiment que la CEDEAO ne répond plus aux aspirations de leurs peuples. « Après 49 ans d'existence, les vaillants peuples du Burkina Faso, du Mali et du Niger constatent avec beaucoup de regret, d'amertume et une grande déception que leur organisation s'est éloignée des idéaux de ses pères fondateurs et du panafricanisme », souligne le communiqué.


Ils accusent l’organisation d’être « sous influence des puissances étrangères » et de représenter une « menace pour ses Etats membres et ses populations dont elle est censée assurer le bonheur ».


La CEDEAO, ont-ils ajouté dans le document, ne leur a apporté aucune assistance dans leur lutte contre le terrorisme. Au lieu de cela, elle leur a plutôt imposé des sanctions « illégales, illégitimes, inhumaines et irresponsables, en violation de ses propres textes » qui portent préjudice à leurs peuples. C’est donc pourquoi ils ont décidé de « prendre leur destin en main ».


Les implications de ce retrait


Les trois pays suffoquent déjà économiquement sous le coup des sanctions décidées par la CEDEAO contre eux. Leur retrait de l’organisation peut leur constituer une équation difficile à résoudre selon certains experts.


Sur le plan économique, « la fermeture des frontières après les coups d’Etat a gravement impacté les économies du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Cela a été pire pour le Mali qui a subi des sanctions monétaires, avec la fermeture des succursales de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), tout comme pour le Niger qui continue de souffrir de ces sanctions, pourtant non prévues par les textes de la CEDEAO. Mais, avec l’imbrication des économies, ce sont tous les pays de la sous-région qui sont impactés », fait connaître Nathaniel Olympio, président du Cercle d’études stratégiques sur l’Afrique de l’Ouest.


Il ajoute que ces sanctions « pénalisent la libre circulation des personnes et des biens, ce qui entrave l’intégration, et donc les fondamentaux mêmes de la CEDEAO. Cela va créer un frein à l’investissement. On voit bien que tout le monde est perdant ».


Même constat fait par Dr Christian Spieker. Pour lui, « le seul inconvénient pour ces trois États est la libre circulation des personnes et des biens dans les États de la CEDEAO ». Même si d’aucuns estiment que cela n’a jamais été respecté, vu les tracasseries au niveau des frontières au sein de la communauté, cette libre circulation reste toutefois un facteur déterminant dans les relations, notamment les échanges, entre les Etats et les peuples.


Il relativise toutefois en indiquant que « le Mali, le Niger et le Burkina Faso peuvent signer des accords bilatéraux avec certains des Etats de la CEDEAO avec lesquels ils ont des liens économiques et d´amitié très forts comme par exemple le Togo en raison de son port.


« Avec ces accords les Togolais avec leurs marchandises pourront circuler librement dans ces trois États et les citoyens de ces États pourront circuler librement aussi au Togo sans difficultés », indique-t-il comme exemple.


Une position que semble partarger Nathaniel Olympio. « Et au-delà des investissements privés, les Etats eux-mêmes seront plus frileux à investir dans des projets communs », affirme-t-il.


Dr Spieker estime que les trois pays pourront gagner le pari de leur développement s’ils réussissent aussi à quitter l’UEMOA, en disposant de leur propre monnaie.


Pour lui, il faut qu’ils « arrivent à sortir aussi de cette zone très rapidement. Sinon, c´est une grande occasion pour leur développement économique ». « Pour atteindre ce but, il faut qu´ils sortent très rapidement aussi de l´UEMOA pour avoir leur monnaie commune. Les deux vont de pair. S´ils arrivent à sortir très rapidement de cette zone aussi et abandonner le franc CFA, ils vont provoquer du chaos dans ces pays aussi de l´UEMOA », dit-il.


La CEDEAO, depuis le début de ces coups d’Etat, est en train de perdre son influence dans la sous-région. « Elle l’a d’ailleurs perdue bien avant, lorsqu’elle n’est pas à même de défendre les peuples contre ceux qui font des coups d’Etat constitutionnels, avec plusieurs mandats à la tête des pays, malgré le protocole additionnel qui indique qu’il faut seulement faire deux mandats et quitter le pouvoir », souligne-t-il.


« C’est indéniablement un séisme pour l’organisation et cela pourrait conduire à son implosion, si l’on n’y prend pas garde. La Communauté Economique des Etat de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a pris des positions extrêmes, jusqu’à menacer, surtout publiquement, le Niger d’une intervention militaire pour rétablir le président Mouhamed Bazoum dans ses fonctions, après le coup d’Etat. Déjà, en ne mettant pas en exécution sa menace, la CEDEAO s’est affaiblie par une perte de crédibilité. En dehors de la sortie de la Mauritanie il y a vingt-quatre ans, c’est une première », analyse M. Olympio.


Le Mali, le Niger et le Burkina Faso sont devenus une arrête dans la gorge de la CEDEAO qui perd son influence sur eux.


« Pourquoi la CEDEAO n´a pas pu intervenir militairement au Niger pour remettre en selle BAZOUM ? C´est parce que le Mali et le Burkina Faso ont déclaré qu´ils vont intervenir au côté du Niger en cas d'agression. Donc, les va-t-en guerre ont pesé le pour et le contre de ce que cela pouvait entraîner dans la sous-région en cas de leur intervention militaire au Niger. Ce qu´ils évitaient et ils ne sont pas militairement intervenus au Niger », ajoute Dr Spieker qui précise que c’est surtout la position de ces trois pays qui a fait reculer l’organisation sous régionale.


La CEDEAO n’ayant jamais soutenu ces pays en guerre contre le terrorisme, le retrait ne peut avoir d’impact sur ce conflit. Ils ont d’ailleurs su chercher des alliés, notamment la Russie, pour faire face à la situation.


Cette situation entre les Etats du Sahel et la CEDEAO amène de nombreuses personnes à réfléchir sur les perspectives qui s’offrent aux deux organisations : l’AES et la CEDEAO.


Perspectives


Pour le moment, soutiennent les experts, l’Alliance des Etats du Sahel n’a pas encore ce poids pour prétendre se substituer à la CEDEAO. « Il est trop tôt pour le dire », tranche Nathaniel Olympio. Mais avec la perte de l’influence de cette dernière et la propension des Etats d’Afrique qui veulent s’affranchir, il craint que cette alliance ne devienne plus forte que l’organisation communautaire.


« Mais, la création de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) découle des sanctions, d’une préoccupation sécuritaire propre aux 3 pays et de la menace d’intervention militaire de la CEDEAO au Niger. Ensuite, ils ont décidé d’aller plus loin en devenant officiellement une confédération. L’objectif de l’AES va donc bien au-delà de l’intégration économique que poursuit la CEDEAO. Les dirigeants des trois Etats mettent habilement en avant la défense de la souveraineté de leur pays et la fin de l’intervention avérée des puissances extérieures dans leurs affaires intérieures », poursuit-il.





Et bien évidemment, leur projet pourrait séduire d’autres Etats qui n’hésiteront pas à faire le pas vers eux. « Bien entendu, si la CEDEAO restait figée, il n’est pas exclu que d’autres pays de l’organisation soient séduits par le projet de l’AES. D’ailleurs, la grande proximité du Togo avec ces trois pays, et l’appel du pied fait par l’AES au Tchad, interrogent », avertit-il.


« Pour les trois États du Sahel, c´est une grande chance pour repartir du bon pied vers la souveraineté entière sans influence encore de l´extérieur. Ils vont s´affranchir de toute influence extérieure », souligne Dr Spieker.


Et au vu de la situation actuelle, le président du Cercle d’études stratégiques sur l’Afrique de l’Ouest souligne qu’il serait difficile pour les trois Etats d’envisager un retour dans l’organisation communautaire. « Cela me semble difficile à moyen terme. Avant tout, il faudrait que la CEDEAO fasse de profondes mutations. Qu’elle devienne véritablement une CEDEAO des peuples et non un syndicat de chefs d’Etat qui se serrent le coude en ignorant royalement les attentes des citoyens », ajoute Nathaniel Olympio.


La CEDEAO disposée à trouver une solution à l’impasse


L’organisation, dans une réaction à travers un communiqué, dit ne pas être saisie officiellement du départ des trois Etats en son sein. Toutefois, elle reste préoccupée par cette annonce et se rend disposée à trouver des solutions négociées.


« Le Burkina Faso, le Niger et le Mali restent membres importants de la Communauté et l’autorité reste déterminée à trouver une solution négociée à l’impasse politique CEDEAO », indique le communiqué de la Commission de la CEDEAO.


Il est à rappeler que le retrait de la CEDEAO est réglé par l’article 91 de la charte qui guide cette institution. Cet article stipule : « Tout Etat membre désireux de se retirer de la Communauté notifie par écrit, dans un délai d’un (1) ans, sa décision au Secrétaire exécutif qui en informe les Etats membres. A l’expiration de ce délai, si sa notification n’est pas retirée, cet Etat cesse d’être membre de la Communauté ». Et l’alinéa 2 d’ajouter : « Autour de la période d’un (1) an visée au paragraphe précédent, cet Etat membre continue de se conformer aux dispositions du présent traité et reste tenu de s’acquitter des obligations qui lui incombent en vertu du présent traité ».


Mais les trois pays ne sont visiblement pas dans ce schéma si on analyse bien le ton de leur annonce. D’ailleurs, le Mali, dans un communiqué rendu public ce lundi, a voulu clarifier la situation à la CEDEAO.


« La présente communication vaut notification formelle de cette décision à la Commission de la CEDEAO, Autorité dépositaire et pour l’information des Etats membres de la CEDEAO, de l’Union africaine, de l’Organisation des Nations Unies et de toutes les organisations pertinentes », indique le communiqué du ministère malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale.


Dans tous les cas, la réaction de la Commission de la CEDEAO semble indiquer que cette institution s’éloigne du bras de fer qu’elle avait engagé avec ces trois Etats. Tous les regards sont donc tournés vers elle qui promet de faire de nouvelles déclarations dans les jours qui viennent.


BBC




 

 
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